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10 novembre, contre l’islamophobie. L’appel d’Isabelle Avran

Le 10 novembre 1943, quatre membres d’une famille devenue marseillaise étaient arrêtés par la gestapo. Mon père, adolescent, sa mère et deux jumeaux, sa sœur et son frère. Depuis trois mois déjà, ils recevaient de temps en temps une chemise tachée de sang de leur mari et père, arrêté par la police de Vichy et détenu aux Baumettes. Un commissaire de police, l’un des rares qui participaient alors à la Résistance, avait permis à mon père et à son frère de travailler dans une petite imprimerie où ils pouvaient imprimer de faux papiers. Ce 10 novembre, en rentrant manger chez eux, la Gestapo les attendait. La suite : Drancy, Auschwitz, puis en mai 1945, le retour d’un seul, toujours adolescent, revenu de la mort, dont la survie à elle seule dirait la résistance, comme un combat qu’il poursuivrait ensuite contre tous les racismes, contre toutes les tentatives de déshumanisation de l’autre, contre toutes les dominations, notamment coloniales.

Depuis, chaque 10 novembre, nous faisions un bon repas. Cette année, j’ai fleuri la tombe de mon père et la plaque à la mémoire de la famille assassinée par les nazis.

Ce 10 novembre 2019, comment ne pas participer à la manifestation prévue contre l’islamophobie quand d’autres concitoyens et concitoyennes sont pris pour cibles par des discours de haine, par la banalisation d’un racisme issu du colonialisme, qui laissent croire à la violence raciste qu’elle serait légitime ? Comment laisser se propager cet inégalitarisme et comment ne pas dire aux femmes qu’elles aient ou non fait le choix de porter un foulard, de vivre à leur façon leur rapport à leur foi, que leur choix leur appartient, quelles qu’en soient les diverses et multiples raisons ? Comment ne pas affirmer notre solidarité contre la haine ?

Oui, le racisme quelles que soient ses déclinaisons, nous avons la responsabilité de le combatte.

Ce 10 novembre, mon hommage à ma famille et à des centaines de milliers d’autres, juifs, tsiganes, homosexels, résistants… se conjuguera à une participation évidente à une marche contre ce racisme banalisé qui ne peut nous laisser indifférents, contre l’islamophobie comme contre toutes les formes de racismes. C’est le présent et l’avenir de notre société qui sont en jeu. Soit une société de liberté, d’égalité et de fraternité, soit nous lasserons la porte ouverte au fascisme. Alors rendez-vous le 10 novembre.

Isabelle Avran est journaliste.