Accueil / Politique / A La Chapelle sur Erdre en 2020, la voie de la coopération

A La Chapelle sur Erdre en 2020, la voie de la coopération

Avec cet article de Katell Andromaque, aujourd’hui 1ère adjointe de la mairie de La Chapelle/Erdre, nous commençons une série d’articles de bilan local des municipales.

Entre 1989 et 2014, l’équipe municipale de La Chapelle sur Erdre était plurielle, avec notamment une liste composée du PS, du PC et des écologistes entre 2001 et 2014. Suite à des désaccords, notamment sur le fonctionnement de l’ équipe, une adjointe EELV avait démissionné en 2013.

En 2014, les membres de l’ancienne majorité issus des mouvements écologistes ont décidé de créer une liste indépendante, citoyenne. Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne a rassemblé environ 13 % des suffrages au 1er tour et s’est maintenue au 2eme tour, dans une triangulaire entre la liste citoyenne, la liste PS-PC menée par le maire sortant Fabrice Roussel et la liste de droite.

Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne a ainsi obtenu un siège dans l’opposition (avec environ 9 % des voix). La liste du maire sortant a remporté l’élection de justesse, avec 49 voix d’avance par rapport à la liste de droite.

Pendant les 6 ans du mandat 2014-2020, 4 élu.es de Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne se sont succédé.es au Conseil Municipal. Un travail collectif s’est tant bien que mal maintenu pendant le mandat, dans la préparation des interventions aux conseils municipaux, la rédaction des expressions politiques dans le magazine municipal, l’animation d’actions dans la commune (comme les actions menées contre la fermeture de la boutique SNCF). Tout au long du mandat, nous avons été présent.es et souvent pertinent.es dans nos analyses, critiques et propositions (nous pouvons maintenant le dire après quelques semaines de présence au sein de la nouvelle majorité).

2019. Les élections municipales approchent. Une dynamique de listes citoyennes apparaît partout en France. Le collectif La Chapelle en Commun est lancé notamment par des membres de Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne et des membres de la France Insoumise. Trois piliers d’engagement sont définis comme la base de notre engagement : la Transition Ecologique, la Justice Sociale, la Démocratie Locale. Des réunions publiques sont organisées. La participation est relativement faible (au maximum 30 personnes). Un certain nombre de personnes qui avaient participé à l’aventure en 2014 expriment des réserves quant à la pertinence d’une liste municipale en 2020. Inquiétude quant à la possibilité que la droite gagne la commune si c’était le cas, étant donné les résultats de 2014 ; constat du dynamisme limité du collectif Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne pendant le mandat.

Une rencontre est proposée par l’équipe de Fabrice Roussel, le maire sortant, au collectif La Chapelle en Commun. Nous répondons favorablement à cette invitation, avec deux enjeux forts : évaluer si que ce que nous portons (transition écologique, justice sociale, démocratie locale) aurait une chance d’être incarné dans le cadre d’un rapprochement, évaluer si le fonctionnement de l’équipe, qui avait été un des points d’achoppement entre 2008 et 2014, serait susceptible d’évoluer.

La discussion est franche, nous rencontrons un écho favorable sur le fond et sur la forme. Nous retrouvons nos mots et nos préoccupations dans l’expression de plusieurs participant.es à la rencontre et faisant partie de « l’équipe Roussel ». Les trois piliers, transition écologique, justice sociale, démocratie locale, sont partagés.

Lors d’une réunion ouverte aux personnes constituant le « réseau La Chapelle en Commun », la décision est prise de s’engager dans une démarche d’alliance dès le premier tour. Notre stratégie : le programme ne sera pas constitué par des discussions entre groupes politiques mais devra être élaboré collectivement, avec les membres de nos réseaux respectifs et dans un processus ouvert aux habitants.

Le travail commun s’engage. Un cycle de rencontres commence, les deux premières au sein du réseau pour affiner les axes du programme. Elles sont suivies de 3 temps ouverts à tous les habitants : un « world café » pour faire émerger les attentes sur les thèmes de notre projet ; une rencontre de reformulation et d’approfondissement pour dégager des pistes d’action ; une dernière rencontre de priorisation selon la méthode du « débat boule de neige » d’où sortent 10 actions prioritaires. Chaque rencontre regroupe entre 60 et 100 personnes, dans une atmosphère joyeuse et productive.

Nous sommes début janvier, la campagne électorale proprement dite s’engage, avec les rédactions collectives des documents électoraux : finalisation du programme, profession de foi, tracts, … Tout n’est pas simple, les fonctionnements collectifs ne sont pas toujours exempts de reproche mais des outils sont mis en place, il y a la place aux expressions des difficultés et désaccords. Le temps de campagne est très court, 2 mois et demi, et ne permet pas d’aller au fond de tous les sujets. De nombreux débats politiques ne sont pas abordés. Les temps d’échange entre celles et ceux qui ont l’expérience du travail dans une majorité (et donc avec les services municipaux) et celles et ceux qui ne l’ont pas sont trop brefs. L’enjeu à ce moment-là est de gagner la mairie, dans une ambiance de campagne « crade » créée par la droite : notre liste est décrite comme celle des extrémistes de la France Insoumise, du Parti Communiste et d’Extinction Rebellion. Nous sommes confronté.es à de très nombreuses discussions avec des habitants, votant traditionnellement pour la liste de gauche, qui sont en plein doute. Au sein de l’équipe même, les sentiments balancent entre le plaisir face à notre campagne joyeuse et dynamique et le doute quant à la pertinence de faire équipe avec des gens d’ « extrême gauche » ou d’ « extrême écologie ». La confiance s’installe mais le temps n’est pas suffisant pour qu’elle soit réellement solide.

15 mars 2020, il n’y aura qu’un seul tour puisqu’il n’y a que deux listes. La participation est faible par rapport à d’habitude mais bien plus élevée qu’ailleurs (49 % contre 36 % en moyenne en LoireAtlantique). Le résultat est sans appel : notre liste « La Chapelle Ensemble » obtient plus de 55 % des voix (on retrouve presque les résultats du 2eme tour de 2014 : 46 % pour la liste de Fabrice Roussel et 9 % pour Pour une Alternative Ecologiste et Citoyenne). Comme partout ailleurs, une drôle de soirée électorale à 2 jours du début du confinement.

Commence alors la période de flottement. Nous n’avons aucune idée de la date à laquelle la nouvelle équipe sera installée. Les services municipaux et les élu.es de l’ancienne équipe sont sur le front, entre réorganisation du travail et gestion de la crise. Les élu.es qui arrivent ne peuvent qu’observer de loin. Des points de programme sont affinés en petits groupes qui travaillent en visio ou audio. Les élu.es pilote et les groupes de travail commencent à être définis. Des outils de partage à distance sont mis en place, des réunions de toute la liste en audio ont lieu. Nous ne savons à ce moment-là absolument pas si cette situation d’entre-deux durera plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Un sujet particulier occupe une partie d’entre nous : nous avons décidé, au cours de la campagne, de nous faire accompagner pour définir notre fonctionnement collectif. Nous commençons la rédaction d’un cahier des charges. Nous prenons des contacts. La période précédant notre installation peut être mise à profit pour avancer et nous permettre d’être prêt.es lors de l’installation. Les équipes municipales issues du premier tour sont finalement installées le 18 mai (premier conseil municipal le 25 mai dans le cas de La Chapelle sur Erdre).

Une nouvelle période, de 6 ans, démarre. Le fonctionnement bascule d’un huis-clos au sein de la liste à un fonctionnement avec les services ; d’un nombre de sujets à travailler relativement limité et restant théorique à la complexité et la multiplicité des dossiers liés à la vie d’une commune de 20 000 habitants. Des fonctionnements se mettent en place. La quantité de réunion, information, le temps court avant l’été, les retards pris à cause du COVID, … rendent beaucoup plus difficile le travail collectif.

Si les périodes de campagne électorale et d’établissement d’un programme donnent lieu à de nombreuses discussions théoriques, l’exercice d’un mandat municipal en tant qu’équipe majoritaire engage dans la réalisation concrète d’un projet politique. Le temps d’élaboration du programme pour La Chapelle sur Erdre a été très court. 3 mois ne suffisent pas à éclaircir des visions politiques communes au sein d’une équipe hétérogène, de part le parcours des gens qui la compose.

Le constat de l’urgence sociale (encore accentué par le COVID et la crise économique qui s’annonce extrêmement brutale) et de l’urgence écologique (nous avons 10 ans maximum pour limiter un peu et nous préparer aux conséquences de la limitation des ressources et aux crises écologiques qui nous attendent) impliquent des politiques ambitieuses, qui peuvent entrer en contradiction violente avec les schémas « du XXième siècle » de ce dont a besoin une collectivité humaine. La « Démocratie Locale Permanente », outil de préparation aux crises qui nous attendent, demande de reconsidérer complètement nos manières de fonctionner.

Personne ne peut espérer répondre à ces enjeux majeurs seul ou en petit groupe. La coopération entre acteurs politiques, agents des collectivités, acteurs économiques, associatifs, habitants est vitale. Nous n’avons pas cette culture de la coopération. La première responsabilité de chacun.e, et en premier lieu des élu.es, est de faire avancer vers une coopération renforcée, d’amorcer les changements culturels profonds. Comment espérer entraîner des changements que l’on ne porte pas déjà en soi, même de façon imparfaite ? Comment une équipe peut parler de démocratie si les pratiques en son sein ne le sont pas ? Comment parler de démocratie si, au sein d’une équipe municipale, un seul ou quelques personnes décident seuls ?

C’est pour cela que l’équipe « La Chapelle Ensemble » a engagé une démarche qui vise à « définir les processus coopératifs efficients qui garantissent du débat, de la décision, du partage et du traitement de désaccords au sein de l’équipe municipale », démarche qui prend aussi en compte pleinement l’enjeu de la relation élu.es – services.

C’est pour cela également que la municipalité de La Chapelle sur Erdre va engager des actions en profondeur sur de nouvelles pratiques de Démocratie Locale. Nous expérimenterons et nous nous tromperons, cela ne fait aucun doute. Mais nous avancerons résolument.
Cela ne résoudra pas tout. De nombreux positionnements politiques de l’équipe majoritaire sont à éclaircir, accueil des exilés, politiques d’investissements prioritaires, politique de sécurité, pour les plus urgentes à trancher. Il y aura sans doute des désaccords au sein de l’équipe, mais nous aurons en amont (ou en parallèle) réfléchi et mis en place nos fonctionnements pour permettre le débat, la décision, la gestion des désaccords. Ce sur quoi cela débouchera, ce sera l’objet du prochain témoignage sur cette aventure…

Katell Andromaque Le 04/07/2020