Accueil / Politique / Agir contre le virus et réfléchir pour changer le monde

Agir contre le virus et réfléchir pour changer le monde

Le coronavirus est la plus grave épidémie depuis un siècle. Aucune n’a été mondialisée à une telle vitesse. Devant le danger, il convient d’abord de protéger les populations. Mais cette crise oblige également à réfléchir à l’après – virus et au type de société que nous voulons pour éviter la répétition, probablement en plus grave, de crises de ce type.

Agir pour protéger les populations

Il y a eu partout dans le monde, même si c’est inégalement selon les pays, du retard à réagir face à l’épidémie. Aujourd’hui, on en est arrivés à un point où c’est le confinement qui semble le plus efficace, combiné avec l’effort hospitalier. Dont acte.

Mais ce confinement ne doit pas être soumis aux aléas des profits capitalistes. Il n’est pas admissible d’envoyer des ouvriers travailler dans la sidérurgie ou sur les chantiers navals en prenant le risque de faire circuler la maladie au nom de l’urgence économique. L’urgence sanitaire doit guider la production. Seuls les secteurs indispensables aux besoins élémentaires de la population doivent travailler. Cette nécessité est contradictoire avec les déclarations de Ministres enjoignant aux salariés de reprendre le travail. Macron l’a dit : « la santé n’a pas de prix ». Alors il convient d’interdire aux entreprises de produire ce qui n’est pas essentiel dans la situation.

D’autre part, ce confinement accroît les inégalités sociales comme dans toutes les situations difficiles. Il y a ceux qui partent se confiner dans leurs résidences secondaires et ceux qui vivent dans de petits appartements. Pire encore est la situation des SDF, des migrants, des personnes sans domicile, qu’elles soient françaises ou exilées : il faut une aide de l’Etat. Il convient aussi de prêter main-forte aux femmes et aux enfants confinés avec des hommes violents : le risque de drames est accru par la situation.

Quant aux secteurs qui doivent travailler pour ces besoins élémentaires, il convient de les protéger (masques, gants, gel), ce qui n’est pas le cas actuellement. La loi du profit a commandé ces dernières années de ne pas renouveler des stocks de produits, qui font défaut aujourd’hui. Les chefs d’entreprises ont préféré délocaliser pour réduire leurs coûts de production : ce dumping social amène les manques d’aujourd’hui. La recherche de la rentabilité a imposé de dégrader le service public hospitalier, amenant la diminution constante du nombre de lits, dont on voit aujourd’hui les conséquences catastrophiques. Il convient de le remettre sur pied très vite et de réorienter les productions vers l’urgence sanitaire : masques, respirateurs…

Agir sans s’attaquer à nos libertés et à nos droits

Prendre des mesures exceptionnelles, c’est nécessaire. Mais la crise sanitaire actuelle ne doit pas permettre d’instaurer un état d’urgence qui restreigne nos libertés, comme ce fut le cas avec le terrorisme. Or, la loi dite « d’urgence pour faire face à l’épidémie » présente des dangers à cet égard en autorisant des décisions par ordonnances prenant effet jusqu’à la fin de l’année et dépassant ainsi le cadre prévisible de l’épidémie.

De la même manière, la déclaration d’Edouard Philippe parlant d’efforts à faire après le virus laisse entrevoir ce que sera la politique des mois à venir, impliquant un renforcement de l’austérité.

Les organisations syndicales, les associations de défense des libertés posent ces questions et agissent. Nous soutenons leur action. Mais, au-delà des résistances, notre responsabilité est de proposer un autre projet de société. Parce que cette crise sanitaire est le reflet à beaucoup de points de vue, de ce qui ne va pas dans ce monde.

Penser un autre monde

Tout d’abord, la situation fait apparaître au grand jour la nécessité des services publics. L’urgence est de stopper la dégradation entamée depuis des années par les divers gouvernements. Et de considérer que ces services sont une priorité à laquelle il ne faut pas toucher.

Une série de secteurs sont arrêtés, preuve qu’ils ne sont pas forcément indispensables. Cette crise doit nous conduire à réfléchir à ce que nous produisons. La question est posée : qui doit décider de ce qu’il faut produire. Par exemple, les salarié-es de Luxfer licencié-es demandent la nationalisation de leur entreprise et de reprendre la fabrication des bouteilles d’oxygène médicales. Oui, nationalisons, non pas provisoirement mais définitivement et sous le contrôle des salarié-es. Aujourd’hui c’est la rentabilité qui dicte sa loi. Dans l’avenir, il convient que les citoyen.ne.s aient la possibilité de discuter et de trancher sur les choix économiques. C’est une économie respectueuse de la planète qu’il faut mettre en place. D’une part parce que les diverses crises sanitaires de ces dernières années ne sont pas sans rapport avec le modèle économique non respectueux de la nature. D’autre part parce que la situation actuelle préfigure ce que sera la crise climatique qui nous attend. L’épidémie doit faire prendre conscience qu’il faut arrêter la course à l’abîme que nous connaissons.

Cette crise sanitaire est mondiale. C’est l’occasion de prendre conscience de cette mondialisation. Certains proposent comme solution le repli national, repli illusoire sur des frontières qui ne peuvent arrêter ni les virus ni la dégradation climatique. La réponse réside dans la rupture avec le système capitaliste, qui sacrifie l’intérêt général à sa logique de profit. Le coronavirus nous montre avec force que nous sommes tous et toutes devenus très proches sur notre planète. Nous ne pourrons trouver les solutions que dans la solidarité internationale.

Aucune organisation ne peut porter ces questions seule. C’est ensemble, associations, syndicats, partis que nous pourrons imposer les solutions progressistes aux dangers qui menacent. Cela fait des années que certain.e.s alertent sur les risques. Nous y sommes. Il est urgent de se rassembler pour agir.

Nantes le 28 mars 2020

Ce texte, rédigé par Robert Hirsch, est issue d’une discussion au sein de l’équipe locale d’animation d’Ensemble! 44