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Algérie : « Seule la résistance paie », déclaration du PAD

A l’occasion du premier anniversaire du Hirak, le mouvement populaire ayant redonné l’espoir aux Algérien et aux Algériennes, le Pacte pour une Alternative démocratique (PAD) a rendu publique la déclaration suivante que nous publions ci-dessous. Vous pourrez lire également ci-dessous une analyse de Mohamed Arroudj parue sur le site DZVID.

« Un an après le soulèvement révolutionnaire du peuple algérien pour le départ du régime autoritaire et prédateur et pour le recouvrement de sa souveraineté, la détermination populaire à fonder un Etat de droit, démocratique et social est entière. L’extraordinaire mobilisation lors de la 52 éme semaine qui a vu une reprise des manifestations dans plusieurs Wilayas (SidiBelabes, Mascara, Tiaret…) et la marche nationale de Kherrata, marquent l’an I de la révolution populaire, consacrent la rupture entre une société en quête de droits et liberté et un pouvoir de fait qui s’obstine à reconduire un système révolu.

La répression, le quadrillage policier des villes, en particulier Alger, la fermeture politique et médiatique, l’instrumentalisation de la justice, les emprisonnements pour opinions, les condamnations arbitraires et la politique de division du peuple n’ont été d’aucun secours à un pouvoir isolé plus que jamais au plan interne.

La maturité politique, la résilience des Algériennes et des Algériens et leur esprit de responsabilité forcent l’admiration des peuples du monde entier. Des décennies de gabegie, de politique de dislocation du tissu social, incluant la caporalisation et les tentatives de destruction des organisations politiques et citoyennes par la police politique et autres lynchages médiatiques de tous ceux qui refusent l’allégeance, n’ont en rien entamé leur patriotisme et leur aspiration à vivre ensemble dans une Algérie unie dans sa diversité et réconciliée avec son histoire.

Le mouvement populaire qui a unifié les luttes pour le départ du régime a réussi à faire échec à deux rendez-vous électoraux du pouvoir de fait, en avril et juillet 2019, et à disqualifier le coup de force du 12 décembre, rejeté par l’immense majorité du peuple. L’illégitimité du pouvoir reste entière.

La persévérance de la mobilisation populaire a conduit à la libération d’une partie des détenus d’opinion et politiques, victimes de procédés visant à remettre en cause le multipartisme et à criminaliser l’engagement politique. Le PAD réitère l’exigence de libération immédiate de l’ensemble des détenus politiques et d’opinions avec leur totale réhabilitation ainsi que la levée inconditionnelle des entraves aux droits et libertés.

Les forces du Pacte de l’alternative démocratique (PAD), parties prenantes de ce mouvement révolutionnaire, se sont constituées autour des valeurs et principes de liberté, d’égalité, de démocratie et de justice sociale. Elles œuvrent pour la reconquête par le peuple de sa souveraineté à travers une transition démocratique et un processus constituant souverain. Elles ambitionnent d’aider au regroupement de partis, d’organisations, de syndicats, de collectifs et de personnalités publiques dans une conférence nationale indépendante pour créer le rapport de force politique et populaire indispensable à l’aboutissement démocratique de la révolution.

Il appartient à toutes les forces soucieuses de l’avenir du pays d’œuvrer à la convergence de la vision et de l’action pour hâter la concrétisation des exigences démocratiques qui -cela va de soi- sont incompatibles avec le maintien du régime en place. A cet effet, les forces du PAD comptent engager dès maintenant les consultations les plus larges avec toutes les organisations et personnalités qui rejettent le fait accompli des tenants du pouvoir. L’objectif est l’aboutissement pacifique des revendications démocratiques, économiques et sociales.

Convaincu que seule la résistance paie, le PAD s’associe aux appels qui prônent à faire des dates du 21 et du 22 février 2020, un moment fort de la mobilisation populaire pour disqualifier l’agenda de la régénération du système et jeter les bases d’une nouvelle république. Une république où le peuple choisi librement la forme et la nature des institutions dont il se dote pour satisfaire ses revendications.

Alger, le 19 février 2020

Les Forces de l’Alternative Démocratique »

 

Le bilan d’un an de lutte, par Mohamed Arroudj

Une année après le début du soulèvement populaire, un bilan lucide s’impose afin d’envisager, dans les meilleures conditions, les perspectives ainsi que les défis qui l’attendent.

Un bilan lucide, car il faut éviter tout triomphalisme, mais également ne pas céder au pessimisme ou au défaitisme de ceux qui n’ont pas le souffle long et des impatients.

Pour faire un bilan objectif, il faut tenir compte du contexte qui a vu naître ce mouvement social profond qui n’a pas d’égal dans l’Histoire.

Ce mouvement que personne n’attendait, notamment par son ampleur, est né du rejet de l’humiliation que le pouvoir s’apprêtait à faire subir au peuple fatigué des brimades que la bande de Bouteflika n’a pas cessé de lui infliger.

Les forces politiques et sociales tétanisées par Bouteflika étaient dans une léthargie telle qu’elles ne pouvaient constituer une alternative à la dérive en cours.

Constatant cette triste réalité, le peuple a fini par se révolter en occupant la rue et exiger d’abord le départ de Bouteflika, puis la rupture radicale avec le régime.

Mettre fin au règne de Bouteflika

Le premier et non moins important acquis du Hirak est, sans doute, le départ de Bouteflika. Le refus du 5ème mandat a été la première revendication du Hirak ou son acte fondateur.

Les manœuvres utilisées par le pouvoir pour calmer la rue, notamment le prolongement du 4ème mandat, ont été fraîchement accueillies par la rue. Devant la détermination du peuple, à travers les manifestations massives, l’armée qui constitue la seule force organisée, a pris les choses en main, non pour satisfaire les demandes de la rue, mais plutôt pour tenter de sauver le système. C’est ainsi que Gaïd Salah s’appuyant sur la rue et exige la démission de Bouteflika. Il profite, par la même occasion, pour écarter des proches du clan présidentiel et ordonne l’arrestation de plusieurs autres. Ceux-là même qu’il a affublés du vocable «Issaba» (bande).

Rupture avec l’état-major de l’armé

On dit que la nature a horreur du vide et dans Algérie de Bouteflika, ce vide était sidéral. L’état-major de l’armée profite de cette situation et occupe, à travers son chef, le devant de la scène politique. Pendant des mois, ils tentent d’appliquer leur feuille de route. Ils programment une élection présidentielle pour le 4 juillet qui va s’avérer un échec patent grâce à la mobilisation massive. Le double langage du chef de l’état-major de l’armée qui, d’un côté salue le Hirak et de l’autre, fait tout pour l’étouffer, a fini par exaspérer les manifestants. Au départ, ils ont dénoncé le chef de l’état-major en le qualifiant de traître, avant de s’en prendre aux généraux dans leur ensemble avec l’emblématique mot d’ordre « les généraux à la poubelle et les algériens accéderont à l’indépendance ».

Les Algériens sont lucides et font la distinction entre l’armée en tant qu’institution et les généraux corrompus et corruptibles qui s’en servent pour imposer leur dictat à toute la société. Les Algériens ont su faire la distinction entre l’institution militaire pour laquelle ils ont une affection certaine et ses chefs qui ont mis le pays sous leur coupe empêchant toute perspective qui va dans le sens de leur libération.

Le chaud et le froid que Gaid Salah n’a pas cessé de souffler, des mois durant, n’a pas trompé grand monde.

L’unité face à la dictature

Depuis l’indépendance du pays, ce régime issu de l’armée des frontières a tout fait pour maintenir le peuple sous sa coupe. En plus de la persécution et de la répression souvent utilisées pour imposer son autorité, il a usé à l’excès de la vieille recette « diviser pour régner ». En effet, à chaque fois que le peuple s’est soulevé pour exprimer son ras-le-bol, il a joué la carte du tribalisme et du régionalisme. Cette méthode vise à empêcher l’unité populaire de prendre forme. Le remède pervers a souvent fonctionné, et c’est comme cela que la Kabylie, région frondeuse, a toujours été désignée à la vindicte populaire. C’est également le cas de la région du M’zab ces dernières années.

Le Hirak s’est distingué dès le départ par unité populaire qui s’est renforcée au fur et à mesure que le mouvement avançait. Elle s’est consolidée dans l’épreuve. L’interdiction du drapeau amazigh à l’extérieur de la Kabylie dont l’objectif était encore une fois de saper unité du Hirak et in fine, l’étouffer, n’a heureusement pas fonctionné.

Aujourd’hui, la fierté de ce mouvement de fond qui est en train de transformer la société est de retrouver cette unité qui a souvent fait défaut

Les carences du mouvement populair

Comme cela a été démontré si haut, le Hirak a eu des acquis non négligeables, même s’il n’a pas atteint son objectif principal qui consiste en la rupture avec le régime. Son existence est en elle-même un acquis extraordinaire.

Cette irruption des masses sur le devant de la scène a conduit à la crise politique que nous vivons. Le peuple rejette sa marginalisation et veut prendre son destin en main. Les Algériens discutent, débattent de leur situation, de la société dans laquelle ils veulent vivre. Ils rejettent la corruption et les injustices qui sapent les fondements du pays. Ainsi, la conscience politique va crescendo et c’est en cela que tient tout l’espoir.

En revanche, l’absence d’organisation du mouvement est, à notre avis, son talon d’Achille. L’auto-organisation que beaucoup souhaitent vivement nous parait indispensable, même si cela est plus facile à dire qu’à faire.

Le cas de l’université est patent. Après une année de lutte, aucune structure d’auto-organisation locale encore moins régionale ou nationale n’a vu le jour.

Le Hirak et ses animateurs doivent s’atteler à trouver une issue à cet aspect fondamental du mouvement.

La tâche est colossale et les craintes d’une manipulation d’éventuels délégués du mouvement par le pouvoir sont légitimes. Cela ne doit pas nous dissuader de réfléchir à des formes adéquates d’organisation qui vont parer à toutes ces éventualités.

Une chose est sûre, nous ne pouvons faire l’économie de l’organisation du Hirak. L’histoire nous apprend que les révolutions victorieuses se sont dotées de structures ou de partis révolutionnaires qui les ont conduits vers le triomphe.

(à suivre)

Mohamed ARROUDJ