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Allons-y, ensemble, franchement, jusqu’au retrait !

Par Clémentine Autain, Elsa Faucillon, Guillaume Balas

Pendant près de quarante minutes l’on a pu apprécier l’incroyable humilité que le mouvement social a imposé au chef du gouvernement. Pour ne pas froisser, Edouard Philippe a pris des pincettes et a fait oeuvre d’une formidable utilisation du champ lexical de la douceur. Il n’y a pas de bataille des retraites, pas de rhétorique guerrière, vous avez bien entendu il ne souhaite pas rentrer dans “la logique du rapport de force”. Presque tenus en haleine, nous étions presque prêts à entendre les concessions qu’appelait ce discours sous l’égide de l’équité et la responsabilité. Puis sans réelle surprise, la macronie a repris le dessus. Orwell ne serait pas peu fier du summum communicationnel atteint par nos dirigeants actuels. Nous avons écouté mais nous ne changerons rien. Les inquiétudes sont légitimes mais n’ont pas lieu d’être. Après dix longues minutes, la plat de résistance : “Le temps du système universel est venu, celui des régimes spéciaux est révolu”. Le chef du gouvernement, droit dans ses dogmes, nous a livré une version réchauffée du rapport Delevoye, avec l’outrecuidance de le faire au nom des plus précaires, des femmes et des chômeurs et au nom de la fidélité à l’esprit du Conseil National de la Résistance.

Si cet affront ne suffisait pas à révéler l’enfermement idéologique de La République En Marche, l’on retiendra que la proposition persiste à vouloir conserver l’essentiel de ce que l’on dénonçait déjà aux côtés des organisations syndicales. D’abord, un système à point, c’est-à-dire l’absence totale de visibilité sur la pension à venir quelque soit les volontés rassurantes du gouvernement. Effet de manche numéro deux : Tout le monde touchera au minimum 85% du SMIC, soit un minimum de 1000 euros pour une carrière pleine ! Sauf que manque de chance, cet engagement est déjà dans la loi et devait s’appliquer dès 2008. Cette disposition avait à l’époque été proposée par un certains Jean-Paul Delevoye. La confiance règne… Pour s’assurer que nous travaillerons plus longtemps, Edouard Philippe annonce également un âge d’équilibre à 64 ans avec un système de bonus/malus dont le comble est qu’il incombe aux syndicats de l’établir dans les limites du plafonnement budgétaire prévu sous peine de quoi le parlement l’établira lui-même. Pour Macron, le dialogue social, c’est l’externalisation de l’austérité, chapeau bas !

Derrière ses concepts creux d’équité et de responsabilité, c’est le classique diviser pour mieux régner. Le gouvernement propose finalement aux générations nées avant 1975 de bénéficier du système actuel à condition d’abandonner les plus jeunes qui entreront directement dans le nouveau système en 2021 pour la génération 2004 ou progressivement pour celles et ceux entre les deux. Quant aux inquiétudes soulevés par les cheminot.e.s, les enseignant.e.s, les fonctionnaires, ou encore les pompiers, les policiers, le gouvernement a fait une réponse implacable : n’ayez crainte. Le gouvernement s’engage à ne léser personne, tout cela sera discuté au cas par cas et/ou garanti par la loi. Ne donnant pas véritablement de détails supplémentaire nous voilà forcé de laisser l’avenir de nos retraites reposer sur l’honnêteté du gouvernement ou sur celle des députés LREM…

C’est dire si nous n’allons pas céder et ralentir le mouvement. E. Philippe a même réussi à mettre en colère la CFDT. De quoi amplifier la mobilisation qui s’annonce très forte mardi. Allons-y, ensemble, franchement, jusqu’au retrait !

Clémentine Autain, Elsa Faucillon, Guillaume Balas 

PS) Cet article est repris de la lettre le Fil des communs, éditée par Elsa Faucillon et Clémentine Autain