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Catalogne : une crise majeure dans l’état espagnol et en Europe

Le référendum du 1 Octobre est une défaire politique pour le gouvernement et le PP !

Voilà l’élément nouveau, et très important, dans la situation actuelle. Malgré l’envoi de milliers de policiers et de la Guardi Civil, le referendum a pu se tenir dans de nombreux bureaux avec une participation de 2M 200 000 personnes et des centaines de milliers de personnes regroupées devant les bureaux de vote. Nous avons toutes et tous vu les images d’une Guardia Civil forçant les portes des écoles et des bâtiments publics à la recherche des urnes et des bulletins de vote, nous les avons vu aussi charger et taper des milliers de personnes pacifiques ne cherchant qu’à assurer leur droit démocratique, celui de voter. Nous avons vu un gouvernement espagnol isolé, n’ayant que la force de sa police pour empêcher le droit à décider d’un peuple.

Ce succès du referendum s’est confirmé le mardi 3 octobre avec la grève générale. Les manifestations ont été considérables, la presse annonce 700 000 à Barcelone, 60 à 70 000 à Gérone et 10 000 à Figueras, ce qui pour ces deux dernières villes correspond à leur population. Il s’agit des manifestations les plus importantes depuis la fin du franquisme.

Le gouvernement PP et le Roi font des déclarations guerrières

Le Roi, dont on nous dit qu’il a un rôle de fédérateur, a, dans un discours violemment anti-catalan, donné des gages à la droite dure et refusé toute forme de dialogue. Seule la répression et la fidélité à la « grande Espagne » trouvaient place dans son discours.

Le gouvernement du PP cherche aujourd’hui les moyens juridiques et politiques contre le « droit à décider » du peuple catalan.

Il vient d’inculper pour sédition le responsable des « Mossos » (la police catalane) et les responsables des associations ANC et Omnium.

Le gouvernement PP est décidé à aller bien plus loin. Les discussions portent sur l’utilisation de l’article 155 de la Constitution espagnole ou sur l’article 116.

L’article 155 permet de supprimer un statut d’autonomie, dans la situation actuelle il s’agit de celui de la Catalogne ! Dans ce cas la gestion est reprise par l’état espagnol en attendant de nouvelles élections, où les partis indépendantistes comme le PDCat, ERC ou la CUP, pourraient être interdits de se présenter. Le PP a les moyens légaux de prendre cette décision vu sa majorité absolue au Sénat mais…pour le PSOE ou le PNV cela va trop loin. Ne voulant pas affaiblir son rapport de force, le PP n’a pas pour le moment fait ce choix

L’article 116 valide l’état d’exception, il doit être voté en Congrès.

Le volet répressif politico-juridique est des plus forts, les deux possibilités sont évoquées en attendant un choix précis.

Le gouvernement a déjà de fait créé une rupture démocratique en mettant sous tutelle politique, financière et policière la Catalogne. Nous avons déjà une sorte d’état d’exception sans un vote formel du congrès.

Et le PSOE dans tout ça ?

Ce parti, très affaibli mais toujours avec plus de 20% et 85 députés, a un rôle déterminant dans la situation. Il a choisi de coller au gouvernement du PP et n’a aucune ligne indépendante. Il est dans le camp du bloc refusant tout débat, toute ouverture.

Pourtant, avec un peu de courage, ce parti aurait pu défendre l’ « estatut » négocié avec le gouvernement Zapatero, voté aux Cortes par les députés PSOE, voté au parlement catalan et validé par referendum. Ce fameux « estatut », qui en étant vidé de son sens suite à la plainte du PP, a ouvert un nouveau cycle de mobilisation.

Il pourrait aussi accepter la proposition d’une motion de censure faite par Podemos. Elle permettrait de faire tomber le gouvernement de Rajoy et ouvrir une autre perspective concernant la Catalogne et les questions sociales.

Mais non ! Le PSOE reste satellisé par le PP et participe directement au blocage de la situation.

Le PSOE / PSC n’est déjà plus l’ombre de ce qu’il était quand Pascal Maragall était maire de Barcelone (courant qui a scissionné pour créer le MES), nous assistons là au final de son suicide.

Le retour au premier plan de l’exigence d’un « referendum négocié » comme en Ecosse

Le Parlement catalan a voté une série de lois organisant la « déconnexion », ou autrement dit la rupture avec l’état espagnol. Il était prévu une annonce de la déclaration unilatérale d’indépendance dans les 48h après le referendum. Un bras de fer a eu lieu entre les partis du gouvernement (PDCat et ERC) et la CUP pour faire cette déclaration. Le gouvernement catalan a choisi de prendre un peu de temps et de faire un bilan des élections le lundi 9 octobre. Cette réunion du parlement catalan se fera au final le mardi 10 suite à l’intervention juridique du PS. Des hésitations se font jour sur l’annonce de la déclaration d’indépendance au sein du PDCat.

En effet, même s’il y a annonce d’une république indépendante de Catalogne cela ne signifie que cette indépendance devienne réelle Une indépendance effective suppose des négociations globales et une reconnaissance par l’Espagne, l’Union européenne, internationale…

La Generalitat avec l’ANC et Omnium ont démontré qu’ils dirigeaient le processus et que, jusqu’à présent ils avaient la confiance de la masse des catalans. Après le succès des manifestations, du referendum et de la grève générale, il faut trouver une traduction politique répondant aux nouveaux besoins politiques.

Il est maintenant trop tard pour trouver un compromis, peut être, acceptable il y a quelques mois. Il est difficile de penser, qu’après tout ce chemin parcouru, un nouveau pacte fiscal accordant aux catalans ce que les basques ont déjà, comme le prélèvement de l’impôt, soit satisfaisant. La mobilisation s’est construite et consolidée autour de la revendication de République Catalane. Elle est mise en avant par tous les courants politiques et les puissantes associations. Elle peut être indépendante mais elle peut aussi exister dans le cadre d’un état confédéral. « Une république catalane dans une confédération espagnole » est la position de Catalunya en Comu, le parti dirigé par Ada Colau .

Podemos vient de proposer un cadre commun pour un referendum négocié donnant toutes les garanties politiques en terme de reconnaissance, l’exemple fréquemment utilisé est l’Ecosse.

Dans la déclaration de Zaragoza nous retrouvons le PDCat, ERC, Catalunya en Comu, Podemos, IU, Compromis (coalition de Valence).

Le mouvement le plus puissant depuis la fin du franquisme

La Catalogne est la manifestation la plus évidente de la crise de régime. Les trois piliers de la Transition sont aujourd’hui en pleine crise : le bipartisme n’existe plus, le régime des autonomies ne satisfait plus personne, le Roi et sa famille sont au cœur des scandales de la corruption. Cette constitution ne peut rester en l’état.

Sortir de la crise suppose donner une perspective politique, un referendum négocié peut être la réponse à la hauteur.

Le peuple catalan a montré une capacité de mobilisation impressionnante et une auto-organisation qui l’est tout autant. En restant puissamment mobilisé, de manière pacifique mais très déterminée, il a imposé une défaite politique au gouvernement du PP qui n’a trouvé rien d’autre que l’envoi de 10 000 Guardias Civiles pour taper sur les manifestant-es.

Le gouvernement du PP est minoritaire au Parlement et le niveau de corruption de son appareil est énorme. Il est un parti fragile qui ne tient que par l’abstention des députés du PSOE. La demande de la démission de Rajoy monte dans le pays, demandée par Iglesias et Colau , une pétition signée par 440000 personnes en un temps record reprend cette exigence.

La semaine prochaine va être décisive.

Nous aurons Mardi la déclaration du Parlement Catalan et nous aurons les décisions politico judiciaires du gouvernement concernant la Catalogne.

L’héritage franquiste du PP, comme nous venons de le voir, doit nous rendre très vigilants. Rajoy semble vouloir demander de nouvelles élections au Parlement Catalan. Elles ne peuvent être une solution politique à la crise, à moins de penser qu’une nouvelle majorité PP – Ciudadanos- PSOE peut sortir des élections catalanes. Ce scénario, vu la faiblesse du PP et maintenant du PSC en Catalogne, la mobilisation actuelle du peuple catalan rendent ce scénario apparaît comme hautement improbable. De nouvelles élections ont plutôt toutes les chances de conforter les positions actuelles et seront un retour à la situation de blocage actuel .

Nous devons intensifier notre soutien au droit à l’autodétermination, à la solidarité contre la répression et à un débouché politique comme le referendum négocié.

Francis Viguié, le 6 Octobre 2017 (regards.fr)