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Cédric Herrou : un déni de justice et solidarité condamnée

Quatre mois de prison avec sursis pour agir en solidarité avec les migrants qui passent la frontière Italie-France : c’est ce que subit Cédric Herrou dans les Alpes Maritimes.  La cour d’appel d’Aix en Provence va ainsi bien plus loin que le jugement de première instance qui se limitait à une amende, déjà scandaleuse. C’est comme si la justice voulait dissuader à jamais toute action de soutien aux réfugiés, comme si elle voulait punir de manière « exemplaire » un militant qui ne fait que pallier à la démission des pouvoirs publics.

En réalité, Cédric Herrou est bien trop seul dans son action. Il faudrait des centaines, des milliers de Cédric Herrou sur le territoire. Car les gouvernements successifs  ne font presque rien face à une crise humaine qui vient rappeler dans nos territoires que les guerres ne sont pas loin de nous (en Syrie, en Afrique) mais qu’elles nous concernent directement, et pas uniquement les chefs d’Etat. Notamment lorsqu’elles sont des guerres de résistance pour la liberté des peuples contre des dictatures.

Cette crise de la solidarité humanitaire frappe également aux portes de l’Europe, pour des motifs dits « économiques ». En effet,  l’Europe a sa part de responsabilité par des relations économiques de grandes puissances, notamment avec l’Afrique, qui ne permettent en rien aux peuples de vivre décemment et en auto-suffisance.

Au lieu de s’en prendre aux militants de la solidarité, la France et l’Europe devraient plutôt se mettre en travers des agissements du navire raciste C-Star, affrété par des groupes d’extrême-droite, qui croise depuis quelques jours en Méditerranée pour empêcher les ONG d’accueillir les migrants en détresse et menacés de mort. Il faut saluer l’action de l’UGTT, confédération syndicale tunisienne, qui empêché ce navire d’accoster en Tunisie, où il devait se ravitailler.

Au lieu de s’en prendre à la solidarité, E. Macron et le ministre de l’intérieur feraient mieux de mettre un terme à leur discours qui prétend faire le « tri » entre les réfugiés des guerres et les migrants de la faim. Et si Macron « ne veut plus voir », comme il l’a dit, des réfugiés en détresse dans les rues, alors il convient de mettre les moyens de la puissance publique pour garantir un accueil, un toit, une formation et une insertion. Gageons que si les pouvoirs publics donnaient l’exemple, la justice oserait moins condamner des militants au nom du fait que leur action courageuse serait une prétendue « contrepartie » face à l’interdiction légale de favoriser l’entrée « irrégulière » en France de personnes en détresse.

« Ensemble ! » proteste contre la condamnation de Cédric Herrou et sera à ses côtés pour le soutenir dans son action.

Le 16 août 2017.