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Cette année, le printemps est en avance, par Clémentine Autain

Des jeunes dans la rue par dizaines de milliers, la Sorbonne et l’université Paris 8 fermées, des lycées bloqués partout en France, des syndicats battant le pavé avec eux… Un changement est lui aussi en marche.

La mobilisation contre la loi El Khomri n’a pas molli. Alors que Manuel Valls et la ministre du Travail viennent d’annoncer des fléchissements pour calmer le jeu, c’est bien la philosophie du projet qui reste mise en cause, avec mordant et créativité.

N’en déplaise à la CFDT, l’exigence du retrait pur et simple de la loi travail s’affichait aujourd’hui avec détermination. À l’instar du Traité constitutionnel européen en 2005, tout fonctionne comme si plus les gouvernants disaient « Il faut mieux communiquer et expliquer », plus les mécontents étaient précis et concrets dans la remise en cause du projet de loi.

Ce qui frappe dans les AG et réunions publiques, c’est que les lycéens et étudiants, comme les salariés, connaissent bien mieux que ne le croient les dirigeants le contenu de la loi. Leur rejet du texte n’est pas lié à un manque de pédagogie de la part du gouvernement – ou du MEDEF ! – mais à un désaccord profond.

La politisation d’une génération 

Le choix de détricoter le droit du travail est aujourd’hui celui de François Hollande et Manuel Valls, mais il relève d’une logique qui est en réalité à l’œuvre depuis trente ans.

Ce que le mouvement met en cause, c’est ce monde fait de chômage de masse, de précarité croissante, de mépris pour la jeunesse et les salariés en colère, de profits pour les uns et d’austérité pour les autres.

Ce mouvement est né de la conjonction entre un large refus de syndicats de jeunesse et de salariés, un succès inédit de la pétition en ligne contre la loi El Khomri et une critique politique virulente à gauche. Il a vite pris le visage d’une jeunesse en colère. C’est d’elle dont le gouvernement a peur. Il a raison. Car la contestation de ces jeunes est l’occasion d’une politisation de toute une génération et elle dépasse largement la loi travail. **Oui, une nouvelle génération critique est en marche.

« Un pas en avant, trois siècles en arrière ! » : le slogan du jour chantait la régression sociale dont elles ne veulent plus. Nous non plus.

Le 18 mars 2016

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