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Refuser les violences sexistes et la stigmatisation des immigrés

 Plus de 500 femmes ont subi des agressions, souvent sexuelles, dans la ville allemande de Cologne lors de la nuit du Nouvel An. Parmi les suspects identifiés figurent de nombreux réfugiés. Une information que n’a pas manqué d’instrumentaliser l’extrême-droite, dont Clémentine Autain dénonce l’indignation sélective.

« C’est en lisant cette phrase sur mon compte Twitter que j’ai pris la mesure de la confusion dangereuse qui se propage par ces temps brunis : « Cologne. Animalité des migrants. Où sont les féministes ? ». Même si le vent souffle plutôt du côté de la Manif pour tous, nous sommes là, nombreuses, mobilisées, loin des instrumentalisations racistes.

Les viols, agressions sexuelles et vols commis en Allemagne le 31 décembre dernier sont insupportables, notamment par leur ampleur et le caractère préparé de l’opération.

Ces violences possèdent une même racine

Dans la foule, des femmes ont subi des attouchements répétés, parfois des dizaines de fois, alors qu’elles fêtaient la nouvelle année dans la rue. 516 plaintes ont été déposées. Ces violences furent organisées. Au Caire, les mêmes faits avaient été commis place Tahrir, déstabilisant la révolution égyptienne. La méthode relève de la violence sexiste de masse préméditée. Elle est inacceptable et révoltante.

Dénoncer ces violences commises à Cologne, je le fais dans la continuité de mon combat contre toutes les violences faites aux femmes, partout dans le monde, quels que soient les auteurs, qu’il s’agisse d’une main aux fesses dans un wagon de métro, d’un viol dans une chambre d’hôtel, de viols de guerre. Même si la gravité des faits est d’intensité inégale, toutes ces violences possèdent une même racine : les rapports sociaux entre les hommes et les femmes. C’est à cette racine qu’il faut s’attaquer.

L’héritage historique pèse de tout son poids pour conférer un statut d’objet sexuel aux femmes. Les violences à Cologne s’inscrivent dans ce rapport asymétrique conféré traditionnellement aux hommes – sujets agissants – et aux femmes – objets passifs. On ne comprend rien à ces actes si on ne les raccorde pas au contexte d’oppression historique d’un sexe sur l’autre. Lutter contre ces violences spécifiques suppose une bataille acharnée contre tout ce qui façonne les inégalités hommes/femmes.

L’instrumentalisation d’actes odieux à des fins xénophobes

À Cologne, les informations dont nous disposons indiquent que sur les 31 suspects, on compte 18 réfugiés. Les origines syrienne et maghrébine des auteurs ont été relevées. Voilà ce qui intéresse la droite extrême pour instrumentaliser ces actes odieux à des fins racistes et sécuritaires. Son indignation est sélective parce qu’elle n’entend pas toucher au sexisme mais alimenter son discours xénophobe.

Cette droite dure ne mène aucun combat contre les violences faites aux femmes. Pire, elle se mobilise contre les avancées possibles. Qui l’a vue défiler dans les rues à ce sujet ou investir une association se battant sur cette question ? Personne.

Et pour cause : la droite extrême débat encore du droit à l’avortement et rêve d’un salaire maternel ! Il n’y a qu’à lire le dernier best-seller d’Éric Zemmour pour saisir l’attachement viscéral de la droite réactionnaire aux normes sexistes traditionnelles. En revanche, la droite extrême ne rate aucune occasion de se trouver subitement une âme pseudo-féministe dès lors que les auteurs des violences sexistes ne possèdent pas les racines blanches et chrétiennes conformes à leurs rêves de repli réactionnaire.

L’extrême-droite se fiche bien du sort des réfugiéEs

Si elle s’est saisie de cette affaire en Allemagne et largement sur les réseaux sociaux en France, c’est pour mieux stigmatiser les populations immigrées et issues du monde arabe. « L’animalité » des migrants n’aurait-elle rien à voir avec celle d’un médecin « français de souche » qui agresserait sexuellement ses patientes ou celle de grands bourgeois bien blancs qui procéderaient à des viols collectifs ?

Ma solidarité va aux femmes allemandes agressées mais aussi aux femmes syriennes, tunisiennes, algériennes, marocaines… qui subissent aussi le sexisme de leurs compagnons dans l’exil.

L’extrême-droite se fiche bien du sort des réfugiéEs. Les agressions sexuelles ne relèvent pas de la pulsion animale mais de l’histoire humaine. S’en affranchir suppose un combat politique non pas contre une catégorie de population en fonction de son origine mais contre un système d’oppression d’un sexe sur l’autre, qui n’a pas de frontière.

Et si l’on se situe résolument du côté de l’émancipation humaine, nous savons que l’heure n’est pas à opposer les combats, à choisir les femmes contre les immigrés ou les immigrés contre les femmes, mais à mener les batailles ensemble, en refusant les violences sexistes et la stigmatisation des immigrés ».

Clémentine Autain

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1468872-cologne-condamnons-ce-qui-doit-l-etre-les-violences-faites-aux-femmes.html