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Fichage des journalistes sur NDDL ? Toute la vérité doit être faite

Dans son livre « Insoumise », Delphine Batho, ancienne ministre de l’écologie du gouvernement Ayrault, indique avoir été témoin du fichage des journalistes en charge du dossier de Notre Dame des landes, en fonction de leurs opinions supposées sur ce dossier. Interrogé par Presse Océan, l’ancien Premier ministre ne dément pas mais indique « ne pas avoir eu connaissance d’un tel document » que son ex-ministre affirme avoir découvert lors d’une réunion interministérielle.

Nous publions ci-dessous le communiqué du Club de la presse Nantes Atlantique, l’article de Presse Océan et l’entretien de Delphine Batho au Télégramme.

Pour Ensemble!44, toute la vérité doit être faite sur la réalité des accusations de Mme Batho et sur la responsabilité des responsables politiques d’alors, et en premier lieu bien sûr de l’ancien Premier Ministre.

Ensemble!44 : Le 23 Octobre 2014

Le communiqué du club de la presse Nantes Atlantique :

Dans le livre Insoumise, paru mercredi 13 octobre, l’ancienne ministre PS de l’Ecologie du gouvernement Ayrault, Delphine Batho, évoque une « liste diffusée lors d’une réunion interministérielle ». Fournie par des collaborateurs, elle classerait les journalistes et les médias en trois catégories vis-à-vis du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes : « les anti », « les neutres », « les pour ».

Durant ces dernières années, nous avons tous travaillé sur le dossier de NDDL en tant que professionnels de l’information. Nous sommes donc tous potentiellement concernés par cette liste. Classer des journalistes et des médias dans des « catégories d’opinions supposées », comme cela est avancé par Madame Batho, est un affront à notre indépendance, notre professionnalisme et notre neutralité. Le Club de la Presse de Nantes rappelle que les journalistes ont certes des opinions personnelles comme tout citoyen dans ce pays, mais qu’ils ont surtout et avant tout une éthique, une déontologie et des principes professionnels qui s’appliquent sur le sujet NDDL, comme sur tous les autres.

C’est pourquoi le CPNA demande publiquement des explications au député de Loire-Atlantique Jean-Marc Ayrault, ancien Premier Ministre, à l’actuel Premier Ministre Manuel Valls et à ses services, mais aussi à Delphine Batho, sur des questions essentielles :
– Cette liste a t-elle existé ? Existe-elle toujours ?
– Si oui, qui a pris la décision de la constituer ?
– A quel moment et à qui aurait-elle été communiquée ?
– Quelles techniques de surveillance et de collecte d’informations auraient été utilisées ?
– Dans quel cadre légal ?

Suite aux réponses fournies (ou pas) par les principaux intéressés, le Club de la Presse de Nantes se réserve le droit d’entreprendre d’autres actions. Le conseil d’administration du Club de la Presse Nantes Atlantique »

Le club de la presse Nantes-Atlantique : Le 16 Octobre 2014

 « Projet d’aéroport Ayrault « n’a pas eu connaissance » d’une liste de journalistes

Interrogé par Presse Océan au sujet de la liste qui classerait les journalistes et les médias en trois catégories (anti, neutre et pour) au sujet du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Jean-Marc Ayrault indique ce mercredi 22 octobre : « Je n’ai pas eu connaissance d’un tel document ».

Réponse lapidaire de l’ancien Premier ministre socialiste aux différentes questions qui se posent après les révélations de son ex-ministre de l’Écologie, Delphine Batho (PS) extraites de son livre « L’Insoumise ». C’est en effet dans cet ouvrage avec lequel elle règle quelques comptes que Mme Batho, relevée de ses fonctions en juillet 2013, évoque cette fameuse liste « diffusée lors d’une réunion interministérielle » et alors que le Nantais Jean-Marc Ayrault était chef du gouvernement.
Le club de la presse Nantes Atlantique (CPNA) s’est ému la semaine dernière de ce « classement des journalistes dans des catégories d’opinions supposées » avant de demander « publiquement des explications » sur cette liste à MM. Ayrault et Valls ainsi qu’à Mme Batho.

Le premier vient donc d’apporter une brève réponse. Quant à Delphine Batho, elle confie à nos confrères du Télégramme : « Il faut savoir que le sujet de Notre-Dame-des-Landes était si sensible qu’il était directement géré par Matignon. C’était devenu une sorte d’affaire d’État. Tout d’abord en raison de la contestation qui se développait, et aussi parce que c’était le fief du Premier ministre. Cette liste a été dévoilée lors d’une réunion interministérielle où devait être évoquée la stratégie de communication du gouvernement à ce sujet. Y assistaient tous les conseillers des ministres concernés. Ce document n’était pas une note d’analyse du traitement médiatique du dossier mais bel et bien une liste répertoriant les journalistes selon leurs supposées positions personnelles ».

L’ancienne ministre du gouvernement Ayrault précise en outre à nos confrères qu’elle possède encore un exemplaire de cette liste et qu’à l’époque, elle avait « alerté les services du Premier ministre en disant que ces méthodes n’étaient pas acceptables ».
Delphine Batho qui, à titre personnel, n’est pas favorable au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes concède enfin qu’elle n’a pas « enquêté sur l’origine et les buts de cette liste.

Presse Océan : Le 22 Octobre 2014

«Une sorte d’affaire d’État» – Entretien avec Delphine Batho – le Télégramme

22 octobre 2014 à 09h25 / Propos recueillis par Hervé Chambonnière / 1

Des journalistes fichés selon leur soutien ou opposition supposés au projet de Notre-Dame-des-Landes ! C’est la fracassante révélation faite, il y a quelques jours, par Delphine Batho, ministre de l’Écologie dans le gouvernement Ayrault. Au Télégramme, cité dans cette liste, elle livre de nouveaux éléments.

Pouvez-vous nous expliquer dans quelles circonstances cette liste a été diffusée ? 

Dans votre livre qui vient de paraître (« Insoumise », Grasset, 18 euros), vous évoquez une distribution, par l’équipe de communication de Matignon (le Nantais Jean-Marc Ayrault est alors Premier ministre, Ndlr) au cours d’une réunion interministérielle. 

Il faut savoir que le sujet de Notre-Dame-des-Landes était si sensible qu’il était directement géré par Matignon. C’était devenu une sorte d’affaire d’État. Tout d’abord en raison de la contestation qui se développait, et aussi parce que c’était le fief du Premier ministre. Cette liste a été dévoilée lors d’une réunion interministérielle où devait être évoquée la stratégie de communication du gouvernement à ce sujet. Y assistaient tous les conseillers des ministres concernés. Ce document n’était pas une note d’analyse du traitement médiatique du dossier mais bel et bien une liste répertoriant les journalistes selon leurs supposées positions personnelles.

Dans votre livre, vous indiquez que les journalistes étaient classés en trois groupes : les « neutres », les « contre » et les « favorables » (*). Dans quel but cette liste a-t-elle été distribuée ? 

Je n’en sais rien. La liste nommait chaque journaliste qui traitait de ce dossier. Je ne l’ai pas rendue publique car… (silence) elle était accompagnée de commentaires pour chacun des journalistes cités. C’était très désagréable.

Qu’avez-vous fait ? 

J’ai aussitôt fait remonter l’information. J’ai alerté les services du Premier ministre, en disant que ces méthodes n’étaient pas acceptables, qu’elles étaient même dangereuses et qu’il fallait y mettre un terme immédiatement.

Quelle suite a été donnée ? 

Je n’en sais rien. Je n’ai obtenu aucune réponse. Je n’ai pas enquêté sur l’origine et les buts de cette liste. Mais elle existe bel et bien. J’en ai un exemplaire. D’ailleurs, cela ne vous a sans doute pas échappé, personne n’a osé dire qu’elle n’avait jamais existé.

Sur le projet d’aéroport, quelle est votre position ? 

J’ai donné ma position pendant les primaires. Et elle ne rejoignait pas celle de François Hollande qui s’était prononcé pour ce projet d’aéroport. Sur ce sujet, j’ai respecté la solidarité gouvernementale, car les choses avaient clairement été dites avant les élections. Après, nous sommes dans un État de droit. La commission indépendante d’experts scientifiques a très clairement démontré que le projet (les compensations prévues en matière d’environnement) ne respectait pas la loi sur l’eau et la biodiversité. Cet obstacle juridique me paraît aujourd’hui insurmontable.

* Le Télégramme était classé dans les « contre » ou manifestant des sympathies pour les « zadistes », ces opposants ayant élu domicile sur le site du projet d’aéroport.

© Le Télégramme : Le 22 Octobre 2014