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Goodyear : la violence de l’injustice, par Clémentine Autain

La condamnation de huit salariés de Goodyear, « coupables » d’avoir défendu des emplois, marque une nouvelle étape dans la criminalisation des mouvements sociaux, avec l’aval de la puissance publique.

Vingt-quatre mois de prison dont neuf ferme : c’est du jamais vu pour des salariés en lutte. Alors que le chômage atteint des records historiques et que la région Picardie est l’une des plus meurtries par la désindustrialisation, huit salariés de Goodyear viennent d’écoper d’une peine exemplaire alors qu’ils défendaient leur usine, leur emploi.

À l’instar de l’affaire de la chemise du DRH d’Air France, la violence condamnée n’est pas celle d’une société qui jette toujours plus de familles dans la précarité et la pauvreté. La fermeté est sans appel vis-à-vis de la révolte des salariés menacés de licenciement.

1.143 emplois étaient en jeu. Il faut rappeler que les deux cadres de Goodyear enfermés trente heures dans un bureau avaient retiré leur plainte. Le directeur de production avait reconnu qu’il n’y avait « pas eu de comportement qui a porté atteinte à [leur] intégrité physique ».

C’est le parquet, donc la puissance publique, qui a décidé de poursuivre les anciens salariés de l’entreprise. La sanction d’une sévérité implacable vise à donner l’exemple à tous les syndicalistes et salariés qui auraient l’idée de contester un plan de licenciements. C’est une mise au pas qui est attendue.

La garde des Sceaux, Christiane Taubira, assume, comme le reste. Le premier ministre, Manuel Valls, doit se frotter les mains, qui avait tant aimé courir au chevet de la direction d’Air France. La criminalisation des mobilisations sociales s’accélère. Elle est injuste, révoltante. Vivement un gouvernement de gauche.

Nantes, le 14 janvier 2016

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