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Hirak populaire : Quelle perspective pour le mouvement syndical ?

Depuis le 22 février 2019, l’Algérie vit au rythme d’un immense mouvement populaire inédit depuis l’indépendance du pays en 1962, un mouvement qu’on peut qualifier de véritable processus révolutionnaire. Le mouvement populaire en cours a accentué la crise du régime et remet en cause d’une manière fondamentale son autorité sur la société. La dynamique populaire avec toutes ses limites et contradictions, s’inscrit dans un processus de destitution du régime et la construction d’une autre république démocratique et sociale.

Un processus qui a mobilisé l’ensemble des franges de la société, majoritairement composé des couches populaires et de travailleurs laminés par des décennies d’austérité et de répression. Tout au long de cette lutte, les travailleurs ont été une force de mobilisation importante dans le Hirak populaire en cours, soit par le biais de l’intervention syndicale, dans les collectifs citoyens ou en tant que individualité. Cependant l’adhésion au mouvement s’est faite sans identité de classe et sans la mise en valeur des revendications propre au monde du travail qui représente plus de 9 millions de personnes.

Le syndicat au cœur du Hirak populaire

Dés les premiers jours du déclenchement du Hirak populaire en cours, nombreux sont les syndicats et collectifs de travailleurs on affiché leurs plein soutien a la lutte du peuple, notamment les syndicats autonomes affiliés a la Confédération des syndicats autonomes (CSA).

Des les premières semaines la CSA a affiché son soutien au mouvement populaire, la non reconnaissance du gouvernement de l’époque et l’exigence du retour a la souveraineté populaire. Les revendications du CSA qui existe uniquement dans la Fonction publique, ne portent pas de revendications corporatistes ou socio économiques, ils adoptent les revendications de la rue, à savoir le départ du système et l’instauration de la deuxième République. La CSA s’est distingué organisé deux grèves et deux marches, avec les mêmes revendications politiques et ce, au niveau de la capitale du pays le 10 Avril 2019 et le 1er Mai 2019, malgré les tentatives de répression du régime. Ces deux actions, même si elles sont suivies uniquement dans le secteur de fonction publique, elles ont suscité de grands espoirs au sein de la population en lutte.

Mais âpres ces deux actions, les directions de ces syndicats sont devenues « Moue », voir « passive ». Elles ont préfère s’engager dans une espèce de coalition avec certains partis et la société civile, dans une sorte de regroupement et de rencontres, qui demandent le retour au processus électoral avec un minimum de garanties sur la transparence des élections. En faite ils ne sont pas loin de la proposition du régime qui propose une solution politique dans le cadre constitutionnel. Des directions (pas toute) qui ont tout fait pour capoter la journée de protestation nationale d’octobre 2019 et la non de participation aux journées de grève générale de Décembre 2019 , a la veille des élections présidentielles. Une attitude qui a privé le HIRAK populaire d’une force de frappe considérable et de perspectives de sa consolidation par les travailleurs organisé. Ces appareils ont fait raté au mouvement une chance historique pour le changement par les travailleurs et pour les travailleurs qu’ils sont censés représenter.

Les cols bleus en marche

En parallèle nombreux les travailleurs et travailleuses du secteur économique qui se sont mobilisés pour soutenir le Hirak et se démarquer de l’appareil bureaucratique de l’UGTA symbolisé par Abdelmadjid Sidi Said. Des dizaines d’entreprises économiques, voir même stratégiques, se sont mises en grève en guise solidarité avec le mouvement populaire. Avec le déclenchement du processus révolutionnaire, une nouvelle tendance ou coordination au sein de la centrale syndicale a vu le jour. Cette coordination a regroupé quatre Unions de wilayas (UW) affirmant leur soutien au mouvement « d’édification d’une nouvelle république » et revendiquant le départ de Sidi Saïd et de tous les dirigeants du syndicat impliqués dans la dérive de la centrale. Ils seront rejoints par plusieurs membres de la Commission exécutive nationale (CEN), instance suprême entre deux congrès, puis par la Fédération nationale des travailleurs de la métallurgie et de la mécanique, de l’électricité et de l’électronique (FNTMMEE).Des rassemblements organisés les 17 avril et le 1er mai 2019 devant le siège de la Maison du peuple, siège central de la Centrale, par cette coordination, appelée « Comité national de réappropriation de l’UGTA par les travailleurs », draineront beaucoup de syndicalistes, de travailleurs et de militants de gauche. Le Comité lancera une pétition nationale pour l’organisation d’un congrès national extraordinaire de l’UGTA avant la fin de l’année en cours dans lequel ne devront siéger que des délégué(e)s dûment mandaté(e)s par la base. Cependant, ce mouvement de réappropriation de l’UGTA na pas pu gagner la confiance de l’ensemble des travailleurs et des cadres syndicaux, ni à empêcher la tenue du congrès de l’organisation. Ce mouvement de redressement n’a pas duré dans le temps, par manque d’initiative, de combativité et la non implication réelle des travailleurs dans cette lutte contre l’appareil bureaucratique, ainsi que les contradictions objectives qui traverses le monde du travail.

L’expérience syndicale de Bejaia montre la voie

Connu pour ses longues traditions de lutte syndicale radicales, la wilaya de Bejaia s’est distinguée par le niveau d’implication réelle et effective des syndicats (UGTA et syndicats autonomes) dans l’accompagnement du Hirak Populaire et ce, dés les premiers jours du processus révolutionnaire en cours. Soit dans le secteur économique (public et privé) ou dans la fonction publique, les syndicalistes locaux et les collectifs des travailleurs se sont impliqués avec force dans les mobilisations et l’animation des grèves, certains sont très actifs au sein du Pole de l’Alternative Démocratique (PAD).Une mobilisation qui a atteint son apogée lors de la grève générale du 9,10 et 11 Décembre 2019. Lors de ces journée de grèves de grand cortèges des travailleurs Ugétistes et autonomes se sont unifiés dans la rue et dans la lutte. Ce qui démontre la capacité des travailleurs de s’unir sur le terrain des luttes au-delà du corporatisme et des luttes intestines entre les appareils syndicaux. Cette expérience a démontré encore une fois que la révolution ne peut aboutir sans l’organisation démocratique et sans l’adhésion massive des travailleurs. La démonstration de force des travailleurs prouve encore une fois à sa capacité à se mobiliser d’avantage, voir combative une fois débarrassé des entraves bureaucratiques.

En ce moment crucial du processus révolutionnaire, le Hirak a besoin d’un nouveau souffle en termes d’organisation et de perspectives au service des travailleurs, pas de soit disant feuille de route pour régler la crise du régime. Mais de proposer une perspective pour le dépassement du régime actuel, avec son lot d’oppression syndicale, de misère sociale, d’exploitation et de précarité. L’’unité des travailleurs de tout secteurs confondus et sa mobilisation permanente ne peut qu’ouvrir des possibilités politiques historiques pour la construction d’une république Algérienne authentiquement Démocratique et sociale débarrassé de toute forme de domination marchande.

Samir Larabi , militant du PST (Parti Socialiste des Travailleurs)