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La France d’en bas ? Idées reçues sur les classes populaires 

L’ouvrage « la France d’en bas, idées reçues sur les classes populaires » dirigé par les sociologues Olivier Masclet, Séverine Misset, et Tristan Poullaouec comporte plusieurs chapitres de quelques pages sur ce que vivent, ce que sont, ce que pensent les classes populaires ; ceux-ci sont rédigés par des sociologues sur des thématiques très variées (la consommation, l’école, la santé, le syndicalisme, le football, la télévision, leur implantation géographique).

Ces articles cassent bon nombre d’idées reçues (par exemple celle selon laquelle les classes populaires habiteraient exclusivement dans les zones péri-urbaines alors qu’elles sont aussi massivement présentes dans les zones rurales ou les métropoles ou encore celle selon laquelle le vote RN aurait remplacé stricto sensu le vote PCF parmi elles). Ces articles montrent les diversités très importantes existant dans ces classes populaires (diversité de genre, d’âge, de culture, …) Ils déconstruisent aussi un grand nombre de clichés diffusés par certains médias : ainsi, s’agissant de l’hyper consommation des classes populaires devant recourir massivement au surendettement, les enquêtes sociologiques montrent plutôt leur retenue, surtout de la part des femmes en charge de la gestion du budget du ménage.

Au long des différents articles, la  description de ces différenciations parmi les classes populaires n’est pas contradictoire avec le fil conducteur de l’ouvrage sur le fait que des classes populaires existent et que des facteurs de convergence y sont à l’œuvre : certains petits indépendants rejoignent ainsi la grande masse des ouvriers, employés eux-mêmes différenciés entre ceux et celles qui sont plus diplômés et aux revenus allant jusque 2 fois le SMIC, et eux et celles non qualifiés aux revenus inférieur au SMIC. En tous cas pour les auteurs, le maintien, voir l’augmentation d’inégalités fortes dans la société se transmettant générationellement, de spécificités culturelles montrent que ces classes populaires existent bien et qu’on ne peut raisonner en termes de « moyennisation » ou « d’individualisation » de la société.

Un manque malgré tout dans ce livre : la question de l’immigration, de la place des personnes originaires du sud ou de l’est de l’Europe y est très peu évoquée. De même, le rapport à la religion n’est pas interrogé.

Cet ouvrage est un livre de sociologie fait par des sociologues et n’interroge donc pas la place de ces classes populaires dans les rapports de production. Mais pour des militants-tes se réclamant de la tradition marxiste et s’interrogeant sur ce qu’est la classe ouvrière aujourd’hui, c’est un outil précieux pour montrer qu’au-delà de ses différenciations croissantes, des mutations, celle-ci existe toujours bien, contrairement à ce qui est diffusé en permanence sur la supposée fin de la classe ouvrière. Plus généralement pour celles et ceux qui ne se résignent pas à la brutalité de la classe capitaliste, ce livre est un outil précieux de compréhension et de résistance à l’idée selon laquelle les classes populaires seraient racistes, sexistes et d’extrême droite. L’irruption du mouvement des gilets jaunes évoquée dans un chapitre de l’ouvrage nous le rappelle opportunément.

Bernard Galin

  • La France d’en bas ? Idées reçue sur les classes populaires, livre coordonné par  Olivier MASCLETSéverine MISSETTristan POULLAOUEC est publié aux Editions le Cavalier bleu. 200 pages; 20 euros. En vente dans les bonnes librairies .