Accueil / Féminisme / Les féministes exigent un plan d’urgence et sociale pour tou.te.s

Les féministes exigent un plan d’urgence et sociale pour tou.te.s

et particulièrement les femmes, en première ligne pour combattre le COVID19.

La période qui s’est ouverte avec l’épidémie du COVID 19 et le confinement montre que les femmes sont en première ligne d’abord comme salariées : elles sont majoritaires dans la santé, le para-médical, l’aide à la personne (soins, assistance) , le nettoyage. Elles sont aussi caissières, factrices, livreuses. En outre, à la maison, et pour beaucoup en télétravail, elles doivent le plus souvent gérer seules les enfants confiné.es, les courses, le ménage, l’éducation, l’école, les loisirs… car le partage des tâches entre les femmes et les hommes est toujours aussi inégal, y compris dans cette période au cours de laquelle les couples se retrouvent confinés. Le confinement a un effet loupe quant à la répartition inégale du partage des tâches.

En première ligne aussi pour la précarité ! Les femmes, de par leur situation dans le travail et la société, sont aussi les premières à subir la misère qui commence à toucher les personnes les plus précarisées. Elles sont nombreuses à se retrouver au chômage partiel ou total, indemnisé pour certaines et pas pour d’autres, dans la mesure où les aides ne concernent que les personnes bénéficiant d’un contrat de plus d’un an, dans la majorité des conventions collectives. Les situations de précarité deviennent donc des situations de misère.

Beaucoup, dont majoritairement des femmes et des enfants ont faim ! Il n’y a plus les cantines à l’école qui permettent d’assurer un repas par jour, tout comme il n’y a plus de restaurants d’entreprise. Les associations caritatives font face à des demandes croissantes quant aux besoins alimentaires de première nécessité. Des initiatives citoyennes, avec des appels aux dons, permettent de soutenir certaines personnes, mais c’est à l’État de prendre les mesures qui assurent à l’ensemble de la population l’accès aux besoins les plus élémentaires, tout comme l’accès aux droits. Les aides exceptionnelles promises aux plus démuni-e-s sont largement en deçà des besoins et ne bénéficient pas à tout le monde. Que dire en effet des femmes exilées sans papiers, obligées de travailler sans être déclarées et qui ne touchent plus rien aujourd’hui et ne peuvent se prévaloir d’aucun droit ! Comment faire face aux dépenses quotidiennes quand les salaires et les revenus sont réduits ou supprimés, quand les contrats précaires arrivent à terme et que d’aucun.es ne bénéficient pas toujours des allocations chômage. Cette situation touche particulièrement les femmes, qu’elles soient en situation de famille monoparentale, sans domicile fixe ou habitant des logements précaires et/ou insalubres. Concernant les personnes en situation de handicap, le gouvernement s’est borné à créer une plate-forme avec des ressources pour faciliter leur vie et celle de leurs aidants. Cette plateforme de solidarité qui s’appuie sur les associations ne prend pas en compte les difficultés économiques.

Parce que nous vivons une période sans précédent, nous exigeons de l’État, qui s’apprête à dépenser des milliards pour aider les entreprises, sans aucune contrepartie notamment pour des entreprises très polluantes, qu’il mette en place un nouveau plan d’urgence sociale et économique avec des mesures immédiates telles que :

Logement

 Suspension des loyers dans le parc locatif public et privé avec garantie de l’État si nécessaire.

 Arrêt des expulsions locatives.

 Relogement immédiat des femmes sans domicile fixe, accompagné d’un suivi social et d’une prise en charge réelle.

 Réquisition des logements vides.

 Moratoire des factures d’eau, d’électricité, de gaz pour les personnes qui ont perdu leur revenu ou ont vu celui ci diminué.

Exilé.e.s

 Régularisation de tou.te.s les sans papier-e-s.

 Mise à l’abri et protection des mineur.e.s isolé.e.s avec une prise en charge effective qui permette l’accès à tous les droits notamment l’accès à la santé et à l’éducation.

 Fermeture des Centres de Rétention Administrative -CRA- dans lesquels sont enfermés des femmes et des enfants sans aucune protection contre le COVID.

Travail

 Abrogation de la loi sur l’assurance chômage qui pénalise particulièrement les femmes comme les intermittentes du spectacle, les assistantes maternelles, ainsi que les jeunes et les senior-e-s.

 Indemnisation totale du chômage partiel pour l’ensemble des salarié-e-s et des personnes en situation «d’ubérisation ».

 Retrait définitif du projet de loi sur les retraites.

 Attribution d’une aide exceptionnelle dont le montant permette de vivre dignement et de faire face à la situation créée par la pandémie.

Handicap

Nous exigeons une aide exceptionnelle afin de revaloriser l’Allocation Adulte Handicapés et l’Allocation d’Éducation destinés aux aidants. Soutien aux personnes en situation de handicap.

Prostitution

Les personnes en situation de prostitution doivent pouvoir bénéficier d’un abri décent, d’une régularisation pour les sans papiers, victimes de la traite, et d’une aide exceptionnelle leur permettant de vivre dignement et en étant autonomes.

Revalorisation des salaires et égalité réelle.

Ces mesures d’urgence sociale doivent s’accompagner d’une revalorisation salariale conséquente pour l’ensemble des métiers féminisés, de la fin des bas salaires pour des métiers dont l’utilité sociale a été démontrée, de l’arrêt effectif des inégalités salariales entre les femmes et les hommes.

Violences conjugales

Par ailleurs le confinement a accru les violences conjugales et a mis en lumière dans le monde entier cette situation que les féministes dénoncent depuis bien longtemps. La situation des enfants violentés physiquement et psychologiquement est apparue de façon éclatante. Certains commissariats continuent à refuser les plaintes. Par exemple il aura fallu 72 heures et plus pour mettre à l’abri une femme en danger de mort! Aucune loi n’oblige automatiquement l’agresseur à quitter le logement puisqu’il faut que le juge l’ordonne dans le cadre d’une ordonnance de protection. Ce sont les femmes victimes de violences qui sont incitées à partir et, de ce fait, c’est l’agresseur qui continue à jouir du domicile. C’est une véritable double peine. Les moyens consacrés à la lutte contre les violences à l’encontre des femmes n’étaient pas à la hauteur avant l’épidémie, ils ne le sont pas plus aujourd’hui. Les quelques mesures prises ne
sont que du saupoudrage bien incertain.

Une fois de plus, l’Espagne, sur cette question, a pris des mesures en urgence bien plus fortes que la France. Nous exigeons l’application stricte de la loi : les plaintes doivent être prises, la police et la gendarmerie doivent se déplacer immédiatement au domicile des victimes quand celles ci en font la demande. Si une ordonnance de protection peut être délivrée de toute urgence, il faut privilégier l’expulsion du conjoint violent. Si ça n’est pas possible, il faut mettre immédiatement à l’abri la femme et les enfants. Les associations doivent recevoir des aides d’urgence supplémentaires pour pouvoir soutenir les victimes. Un milliard c’est le budget nécessaire pour accompagner les femmes victimes de violence, on est loin du compte!

Avortement

La mobilisation des associations avec le succès de la pétition « Covid 19 : Les avortements ne peuvent attendre ! Pour une loi d’urgence ! » a permis l’allongement du délai pour la pilule abortive. Mais ceci ne suffira pas. Le 11 mai, lors du déconfinement, des femmes auront dépassé les délais de 12 semaines. Nous exigeons l’augmentation du délai légal pour avorter de 8 semaines, correspondant à la durée du confinement.

Nos vies , pas leurs profits !

La pandémie devrait obliger toutes et tous à changer de logique. Le gouvernement reste cependant sur une logique de retour au travail le plus rapide possible au mépris de la santé de la population. Le projet de réouverture des établissements scolaires tel qu’il est conçu, rajoute aux angoisses et à la culpabilisation pour la santé des enfants, et pour celles qui font parti des personnels de l’éducation, toutes catégories professionnelles confondues, la charge de travail et mentale sera infernale.

Ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé ont une responsabilité immense dans cette crise. Reconduire les inégalités actuelles nous mènera dans une nouvelle impasse. Le néo libéralisme, le capitalisme, le patriarcat tuent. Nous devons changer de paradigme, dire stop au capitalisme et aux logiques productivistes et destructrices de la planète, à la marchandisation des biens communs comme la santé, l’éducation, la culture…. tout comme à la privatisation de l’accès à l’eau, l’énergie.

Il nous faut nous situer dans des logiques d’égalité et de reconnaissance qui doivent structurer la construction d’une société future. Les femmes payent un lourd tribut à cette crise, mais c’est aussi grâce à elles que la société tient debout et fait face, comme ce fut le cas bien souvent dans les moments difficiles de l’Histoire. La construction d’une société émancipatrice pour tous et toutes, débarrassée de l’oppression, du sexisme et du racisme, celle de l’après, ne pourra se faire sans elles, sans la reconnaissance de leur rôle, de leur place et sans éradiquer les inégalités actuelles

.
Le 24 avril 2020
#on arrête toutes intagram.com/onarretetoutes.org onarretetoutes.org facebook.com/OnArreteToutes  twitter.com/OToutes