Accueil / Féminisme / Manifestons contre les violences faites aux femmes

Manifestons contre les violences faites aux femmes

Lundi 25 novembre, 18h, rue du Calvaire Nantes

Il faut des nerfs à toute épreuve et une patience infinie pour forger l’unité des mobilisations féministes. Le collectif unitaire 25 novembre a commencé ses travaux en juin et terminé vendredi dernier ! Par dessus tout, nous voulons éviter que se reproduise le situation de l’an passé avec l’existence de deux manifestations.

Les difficultés tiennent à plusieurs raisons : nous parlons d’associer dans un même élan la diversité des associations féministes, les associations de lutte contre les discriminations, les organisations syndicales et les partis ou mouvements politiques ; nous parlons de trouver un point d’équilibre sur des sujets hautement controversés comme la laïcité, la prostitution, la dénonciation des hommes ou d’un système qui leur profite. Nous avons à concilier également l’existence de #Nous Toutes nationale dans laquelle une partie des associations ne se reconnaît pas, mais qui bénéficie de l’essentiel de la couverture médiatique. Parvenir à créer cette année un collectif local le plus unitaire possible était la seule solution réaliste. Et cette année, chacun .e a accepté de tenter l’exercice. Libre ensuite à toutes les organisations présentes à la manifestation de confectionner ses propres panneaux.

Il s’agit donc de concilier les expressions que nous aurons en commun.

L’analyse de la situation faite aux femmes aujourd’hui ne pose pas de problème majeur : nous convenons que grâce aux luttes de nombreuses avancées des droits formels ont eu lieu, mais que la concrétisation de certains tarde à venir. De là découle l’importance d’être précises sur les violences que nous dénonçons, (sans s’appesantir sur ce qui divise), les lieux où elles s’exercent, et dans la mise en avant des responsabilités. Une sorte de « J’accuse de maintien de l’oppression des femmes les dominations patriarcale et capitaliste ». Chaque groupe présent aux réunions a eu le loisir d’en faire valoir les conséquences dans son champ d’activité. Et chaque formulation a fait l’objet d’un décryptage et d’une ré flexion commune sur les meilleures formulations pour être compris.es du plus grand nombre. Ce qui a permis de souder le groupe.

Cette analyse donnera lieu à la première intervention qui constitue le texte d’appel que chaque groupe a été appelé à signer pour voir son sigle figurer parmi les signataires . Il sera lu par l’intersyndicale CGT, FSU, Solidaire et CFDT.

Lister les revendications locales à mettre en avant a nécessité de sortir des généralités nationales et d’indiquer précisément ce que nous réclamons et à qui nous le réclamons. On n’attend pas la même chose des communes, de l’Etat, de l’éducation nationale, de la justice, de la police, des syndicats et des employeurs ! Et pourtant, chacun, dans son activité, a des responsabilités dans la lutte contre les violences. Nous voulons chaque année faire le point sur ce qui aura avancé pour que la lutte contre les violences ne reste pas lettre morte passé le 25 novembre.

Ces revendications dont nous attendons une application locale constituent le texte qui sera lu en fin de manifestation par deux associations.

Comme les années précédentes, une chorale a répété le texte de 3 chansons, l’Internationale des femmes, l’Hymne des femmes, et nouveauté « Les crimes d’honneur » sur l’air de Bella Ciao,

avec des femmes hébergées par Solidarité femmes. Beaucoup d’autres animations sont prévues, dont une avec nos chaussures rouges, des masques, une guirlande, des panneaux avec le nom de toutes les femmes assassinées levés en fin de manif. Une affiche et des flyers, des événements Facebook, des interventions dans les radios locales, tout a été pensé pour que l’unité donne corps à une majestueuse, colorée et combative manifestation. Elle n’attend plus que vous.

Aline Chitelman, le 20 novembre 2019

Collectif unitaire 25 novembre – Texte d’appel  et d’ouverture

Les luttes des femmes ont permis des avancées majeures dans la reconnaissance de leurs droits : droit de vote, droit de choisir le métier qu’on exerce, droit à l’égalité professionnelle, droit de choisir sa sexualité, d’avoir ou non des enfants et quand on les désire, coresponsabilité des parents vis à vis de leurs enfants, parité dans les élections etc

Une partie de ces droits reste purement formelle, particulièrement ceux concernant les violences faites aux femmes : dans le monde 1 femme sur 3 est toujours victime de violence sexuelle, en Europe 1 femme sur 5, en France 1 sur 7.

Nous le rappelons 133 féminicides depuis le 1er janvier 2019  (à modifier selon chiffres)

 

On a appris à qualifier ces violences : sexisme, harcèlement, harcèlement moral, harcèlement sexuel, agression sexuelle, inceste, viol, par surprise, par intimidation, par force, par personne ayant autorité, viol conjugal, qui peuvent toucher chacun.e.

Ces violences s’exercent dans toutes les sphères : l’éducation dans les familles, dans les institutions, le rôle de l’école, la place des femmes dans les religions, la répartition des délégations dans les collectivités locales, la précarité économique, l’inégalité notamment salariale dans les entreprises, la place des femmes dans les syndicats, le sexisme des magasins de jouets, elles s’exercent aussi dans  l’agression publicitaire, dans l’image dégradante et stéréotypée des femmes véhiculée par la pornographie, la marchandisation du corps des femmes …

C’est donc bien la société toute entière qu’il faut questionner sur ce qu’elle fait, ou ne fait pas, pour qu’on en arrive là. C’est bien à ce niveau que lutte et prévention doivent commencer : en décortiquant les rouages des violences méthodiquement, en promouvant une culture du refus des préjugés, des stéréotypes et de la suprématie masculine, du refus de la violence comme mode de résolution des frustrations et des conflits.

Plus nous obtenons de droits, plus la résistance au changement s’exprime, portée par les masculinistes et les mouvements ultra conservateurs, mais aussi par une résistance politique, institutionnelle et économique.

Et nous mettons en cause dans le maintien de cette oppression les dominations patriarcale et capitaliste et leurs conséquences sur la situation des femmes :

–      absence de politique de prévention déployée à tous les niveaux de la société

  • femmes migrantes victimes de violences administratives dans lesquelles elles dépendent du statut de leur conjoint mais n’accèdent pas à un statut autonome
  • résidentes soumises aux lois discriminatoires des pays d’origine et à leurs effets en France.
  • peu voire baisse de moyens accordés aux associations pour aider les femmes victimes de violences ou pour les dispositifs destinés aux parcours de sortie de la prostitution.
  • maintien du tabou sur l’éducation sexuelle à l’école
  • différence salariale de 27% entre les hommes et les femmes
  • traitement médiatique des violences dans les faits divers minorant de fait leur importance sociétale

Et on pourrait allonger la liste …

Le constat, c’est qu’aujourd’hui nous n’avons toujours pas de loi cadre qui permette de répondre globalement à ce fléau, ni les moyens d’une politique publique à la hauteur des ambitions affichées.

Nous avons dénoncé les violences, nous les avons fait sortir du silence, nous en avons montré les conséquences dramatiques, nous avons contribué à construire des réponses pour les éradiquer : nous n’accepterons jamais un retour en arrière ! Nous exigeons que la parole des femmes soit entendue !

Cette situation n’est pas propre à la France, nous ne l’ignorons pas. Nous la condamnons pareillement. Des femmes vivent l’excision, des femmes vivent la stérilisation forcée ou les avortements clandestins. Des femmes reléguées dans les camps de réfugié.es tentent de survivre à l’enfer. Nous pensons à elles.

Et pour toutes ces femmes faites du bruit !

Les violences sont un continuum des rapports de domination, le féminicide en est l’expression ultime.

Nous serons dans la rue tant qu’il y aura des violences contre les femmes

Nous serons dans la rue pour dire STOP aux violences

Intervention sur les revendications dont nous attendons une application locale efficace

Par cette marche, nous rappelons que le droit de vivre sans violences fait partie des droits fondamentaux. Or, pour certaines femmes, ce droit est bafoué chaque jour, dans une indifférence que nous ne supportons plus.

C’est pourquoi nous faisons nôtre la revendication d’une loi-cadre et la reconnaissance par la loi du terme féminicide De plus, nous demandons que soient reconnus comme féminicides les suicides consécutifs aux violences subies.

Au-delà de l’application des lois déjà existantes et des décrets d’application, nous réclamons ici et maintenant :

Aux pouvoirs publics

  • une vraie formation spécifique de base de leurs personnels, fonctionnaires ou non. Cette formation devra faire partie de leur cursus obligatoire, leur permettant de détecter les violences, de recevoir les femmes victimes sans stigmatisation. Et parce que les lois évoluent, nous demandons une formation complémentaire avec une remise à niveau en cours d’emploi
  • la reconnaissance – en tant qu’expertes – de toutes les associations de terrain qui agissent contre les violences : qu’elles agissent contre les violences au travail, sur l’espace public, dans l’espace domestique, dans les centres de rétention, dans les foyers pour migrantes, à l’école, à l’hôpital… Nous ne voulons plus de demi-mesures. Il faut du temps rémunéré à ces associations et donc des budgets pérennes pour mettre en place des solutions durables.

A la justice

  • Des mesures de protection plus rapides et adaptées. Nous savons que cela nécessite pour la justice des moyens matériels et et humains pour appliquer la loi et protéger les femmes et les enfants. Mais une «Grande cause nationale » ne mérite-t-elle pas qu’on y mette les moyens nécessaires ? Nous voulons que la parole des femmes soit entendue et qu’elles n’aient plus la lourde charge de la preuve avant de bénéficier d’une mesure de protection.
  • La fin de la médiation pénale ou familiale en cas de violences familiales ou au travail.
  • La fin de la requalification de viol en agression sexuelle.
  • Un lien réel entre le pénal et le civil ; par exemple que le juge aux affaires familiales soit systématiquement informé des instructions en cours et des jugements au pénal.
  • La suspension automatique de l »autorité parentale dès que des violences sont révélées et que le père n’ait plus droit à la garde des enfants, comme ça arrive, même à des femmes bénéficiant d’une ordonnance de protection. La mise en place de points rencontres pour les contact du père avec ses enfants et la prise de mesures d’accompagnement.*
  • La levée du droit de visite et d’hébergement aux pères auteurs de violences conjugales. Aujourd’hui, nous observons que certains d’entre eux bénéficient de ce droit même en cas d’ordonnance de protection pour la mère
  • La mise en place de points rencontres et de mesures d’accompagnement protégé
  • L’application de la loi sur l’éviction du conjoint violent du domicile.
  • Une demande d’asile traitée favorablement pour les femmes victimes de menaces d’excision, de mariage forcé ou en raison de leur orientation sexuelle et qui se réfugient en Franc
  • L’arrêt des violences administratives pour les femmes migrantes, dépendantes du statut de leur conjoint. Que ces femmes accèdent à un statut autonome, donc, que les lois françaises leur soient appliquées en France
  • Quel que soit leur pays d’origine, nous demandons que les résidentes ne soient pas soumises à des lois discriminatoires

 

Aux mairies, au Conseil départemental, à la CAF, aux entreprises :

  • Nous voulons des places prioritaires, réservées, dans tous les lieux dédiés à l’accueil des enfants dont la mère a été victime de violences conjugales (mairies, conseil départemental, crèches d’entreprises).

Aux communes

  • Cesser d’accepter des affichages sexistes sur leur territoire. Nous leur demandons de ne pas prêter de salles à des « artistes » prônant ou banalisant la violence contre les femmes
  • Donner des moyens de fonctionnement pérennes à Citad’Elles pour permettre aux femmes d’envisager leur avenir post violences conjugales ou professionnelles le plus posément possible

– Aux cliniques, aux hôpitaux :

  • La fin des violences obstétricales.

Aux syndicats :

– Demande d’application de la loi.

Les SSCT (Santé, Sécurité et Conditions de Travail) doivent être moteurs dans la prévention et la prise en charge du harcèlement sexiste et sexuel et de l’ impact des violences conjugales en milieu de travail

Aux employeurs :

– Les salariées victimes de violences doivent être protégées de toute sanction ou licenciement.

Des jours de congés exceptionnels devraient leur être octroyés pour entreprendre leurs démarches. Elles devraient bénéficier d’aménagements d’horaires et de postes, ou de facilités de mutation. Elles devraient bénéficier de la priorité absolue de relogement dans le parc du 1 % patronal.Nous ne voulons plus que les victimes de violences subissent une double peine.

Voilà des mesures qui peuvent être appliquées localement. Nous nous engageons à en suivre les réalisations, afin que passé le 25 novembre, la lutte concrète contre les violences faites aux femmes ne retombe pas dans l’oubli.