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Le Pen danger immédiat, par Robert Hirsch

Ces derniers jours, nombre de discussions ont lieu, qui montrent que beaucoup de militant-e-s des divers courants de la gauche veulent s’abstenir ou voter blanc. Cette attitude est d’autant plus inquiétante que la campagne de deuxième tour, avec l’offensive de Le Pen, avec ce qu’est Macron et ce qu’est sa campagne, donne des inquiétudes sur le résultat final.

Ceux et celles qui ne veulent pas utiliser le bulletin Macron pour faire échec à la candidate fasciste ont divers arguments qu’il convient de combattre :

– Il y aurait assez d’électeurs pour voter Macron et empêcher la victoire de Le Pen. La manière dont se déroule la campagne de deuxième tour, le ralliement de Dupont-Aignan ne permettent pas d’en être si sûr. Par ailleurs, si on refuse  que se produise le pire, il faut y contribuer. Depuis quand les militant-e-s laissent-ils le soin aux autres d’agir ?

– Le Pen et Macron seraient deux dangers sans hiérarchisation. C’est occulter la différence entre la démocratie, certes bourgeoise, et le fascisme. C’est reprendre la politique du Parti Communiste allemand qui considérait, avant 1933, que « l’arbre nazi cache la forêt social-démocrate ». L’arbre était carnivore et a dévoré le mouvement ouvrier allemand tout entier. Pour le reste, c’est connu. Trotski, qui appelait alors à l’unité contre le fascisme, était bien isolé.

– D’autres nous disent regretter le vote Chirac fait en 2002. Chirac, élu, n’aurait pas tenu compte des voix de gauche qui se sont portées sur lui. Mais nous ne pensions pas qu’il le ferait. Nous voulions mettre la tête sous l’eau du candidat fasciste et nous y avons réussi, aidés par une mangnifique mobilisation populaire. Pendant 10 ans le FN a été relativisé.

– Enfin, on entend dire que, de toute façon, avec Macron, on aura le FN au pouvoir dans 5 ans. Outre que cela montre bien peu d’espoir dans les mobilisations populaires, c’est un argument aberrant. Par exemple, un chirurgien devant opérer un patient refuserait-il de le faire sous le prétexte que le malade mourra de toute façon dans quelques années ?

Dans cette situation, Jean-Luc Mélenchon, qui a fait reculer Le Pen au premier tour, adopte une attitude irresponsable en ne prenant pas nettement position. Lui aurait pu convaincre, après sa belle campagne, nombre d’hésitant-e-s. Il se met à côté à un moment décisif. Tant pis pour lui, mais aussi malheureusement, pour nous.

Il nous reste une semaine pour convaincre nos ami-e-s que la ligne de conduite adoptée par ENSEMBLE ! est la bonne. Une semaine pour éviter le pire, une victoire fasciste, mais aussi pour éviter un haut score de Le Pen, qui pèserait sur la situation dans le pays (à cet égard, le mot d’ordre « pas une voix pour Le Pen » ne peut suffire, la question étant celle des pourcentages). C’est cela aujourd’hui la défense du mouvement ouvrier. Ne craignons pas d’être considérés comme des passéistes attaché-e-s à l’antifascisme.

En ce dimanche, journée de la déportation, n’ayons pas la mémoire courte et n’ayons pas peur de porter le vieux mot d’ordre du mouvement ouvrier : »Le fascisme ne passera pas ! ».

Robert Hirsch, le 30 avril 2017