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Pollution radioactive en Loire, par le collectif CHANTIER

Premier bilan de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans la Loire et la Vienne.

Oups! Niveau alarmant du tritium, et on n’en savait rien! Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Communiqué du collectif CHANTIER

(Alternatiba, Attac 44, Ensemble ! 44, Europe Écologie Les Verts 44, GIGNV, La France Insoumise en Loire-Atlantique, Les Désobéissants, Rezé à Gauche Toute, Sortir du nucléaire Pays nantais et Union Départementale Solidaires 44)

A Saumur, en aval des cinq centrales nucléaires sur la Loire et la Vienne, la présence de tritium est quasi systématique aussi bien dans le fleuve que dans les eaux de consommation. En janvier 2019, la concentration en tritium dans l’eau de la Loire a atteint 310 Bq/L ¹, qui est une valeur anormalement élevée : beaucoup plus que les valeurs publiées par EDF et plus que le seuil d’alerte de 100 Bq/L dans l’eau potable qui doit déclencher des investigations. Aucune autorité compétente n’a détecté ni évoqué cette pollution anormale.

Est-ce dû à un incident ? Qu’est-ce que le tritium ?

Le principal radioélément retrouvé dans les eaux de la Loire et de la Vienne est le tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène, rejeté en grande quantité par les centrales nucléaires. Les rejets se cumulent tout au long du fleuve et en aval, la présence de tritium est quasiment systématique. On le retrouve aussi dans les eaux de consommation.

A Châtellerault, sur la Vienne, par exemple, les eaux de la rivière et de consommation sont contaminées à chaque prélèvement mensuel depuis décembre dernier, à des niveaux qui peuvent atteindre 50 becquerels par litre (Bq/L). C’est la centrale nucléaire de Civaux qui en est à l’origine.

Plusieurs associations du bassin de la Loire réunies dans le Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire ont mis en place en 2017, avec le laboratoire indépendant de l’ACRO, un suivi de la radioactivité dans les cours d’eau et dans l’eau de consommation.

Suite à ce bilan alarmant, ils ont donc alerté donc les autorités et demandé une enquête pour déterminer l’origine de cette valeur exceptionnelle.

Ces résultats montrent tout l’intérêt de la surveillance citoyenne, qui va être renforcée. Les consommateurs devraient avoir droit à une eau non contaminée.

En application des articles 1, 3, 4 et 5 de la Loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1 mars 2005 relative à la Charte de l’environnement, nous demandons aux autorités que tous moyens soient mis en place pour ramener les taux de tritium dans l’eau de rivières et des nappes phréatiques à une valeur proche du « bruit de fond » afin de ne pas porter atteinte à l’environnement, et d’autre part pour éliminer totalement ce radioélément dans les eaux destinées à la consommation.

Les effluents contaminants ne sont pas déversés en continu mais ponctuellement et massivement dans la Loire et la Vienne. Pour une information complète du public, nous demandons qu’EDF publie les dates et heures de ses largages d’eau contaminée déjà effectués et leur caractérisation (volume, mesures de radioactivité,…). Surtout, nous demandons qu’une coordination soit mise en place entre EDF et les organismes qui prélèvent l’eau de rivière et des nappes avoisinantes afin d’anticiper l’interruption des captages durant les périodes de rejet et de réduire ainsi la contamination de l’eau de consommation.

Nous demandons en outre à tous les organismes, collectivités et administrations responsables ou intervenants dans le traitement et la distribution de l’eau en Loire Atlantique, de faire mesurer, très régulièrement, ainsi qu’après chaque déversement issu des centrales, et quand le débit du fleuve est bas, comme en ce moment, le taux de matières radioactives contenues dans l’eau potable, et d’en informer les populations.

La situation financière de la filière de production nucléaire est catastrophique

Le chantier de l’EPR est un fiasco, la violence du dérèglement climatique amplifie les dangers (sécheresse des cours d’eau, inondations), et le gouvernement vient d’acter une énorme prolongation de la vie des centrales dont nous savons qu’elles sont déjà dans un état préoccupant. https://www.sortirdunucleaire.org/Nucleaire-des-accidents-p…

Le débat public sur le PNGMDR (Plan National de Gestion des Matières Déchets et Radioactifs) ne porte sur aucune solution garantissant la moindre sécurité pour la population, et pour cause , ces déchets sont ingérables, et leur dangerosité va durer une éternité.
Et ne parlons pas du risque mondial majeur créé par l’arme nucléaire, très liée au nucléaire civil.

C’est pourquoi, au vu de toutes ces raisons, si le critère principal d’arbitrage dans toutes les décisions était la protection des populations, la seule décision à rendre serait la décision politique immédiate de l’arrêt du nucléaire et une recherche volontariste de la plus grande rapidité à le mettre en application.

1 – Bq : becquerel – unité de mesure de radioactivité
2 – ASN : autorité de sûreté nucléaire
3 – OMS : organisation mondiale de la santé
4 – AIEA : agence internationale de l’énergie atomique

Pour aller plus loin :

Les dangers du tritium :

Le tritium a les mêmes propriétés chimiques que l’hydrogène, dont il est l’isotope radioactif. Le tritium est très difficilement confinable ; il traverse les métaux et le béton. Les militaires s’en servent dans la fabrication des bombes atomiques. Les réacteurs nucléaires rejettent des quantités importantes de tritium dans l’environnement mais ce sont les usines de retraitement qui en produisent le plus. Les usines de la Hague (Manche) rejettent plus de tritium que l’ensemble des réacteurs nucléaires dans le monde. L’industrie nucléaire a longtemps considéré cet élément radioactif comme inoffensif, mais des études récentes montrent que la toxicité du tritium a été sous-évaluée, notamment quand il est absorbé par l’organisme.

L’ASN ² a enfin reconnu que les rejets de tritium sont sous-évalués. En effet un rapport d’experts a montré que cet élément radioactif peut s’intégrer à l’ADN au cœur des cellules.
> Lire Le livre blanc du Tritium
D ‘après l’OMS ³, le seuil à ne pas dépasser serait de …. 10 000 Bq/l !
Mais l’OMS est tenue par l’accord du 28 mai 1959, signé avec l’AIEA 4 , et qui la met de fait sous l’autorité de cette dernière…
«l’OMS et l’AIEA « agiront en coopération étroite avec l’autre et se consultent régulièrement en ce qui concerne les questions d’intérêt commun 9. »
Pour ses détracteurs, aucune de ces deux agences de l’ONU ne peut prendre de position publique susceptible de nuire aux intérêts de l’autre11
Le seuil de 100Bq/l est un seuil européen imposé par Euratom, alors que la Criirad, laboratoire indépendant préconisait un seuil de 10Bq/l

Quelques liens utiles :

Note Criirad sur Tritium
http://www.criirad.org/…/dossier2…/Note_CRIIRAD_tritium.pdf…
Dérèglement climatique et nucléaire
https://www.sortirdunucleaire.org/secheresse-canicule-nucle…
https://www.franceinter.fr/…/affaires-sensibles-19-juin-2019