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Portugal : Le Bloc de Gauche à la croisée des chemins

Le Portugal est actuellement un pays ravagé par 3 années de politiques d’austérité menées de concert par la Troïka et le gouvernement de Passos Coelho et Paulo Portas. La dévastation de l’économie se traduit par une dette extérieure record, une dette publique au dessus de 130 %, un PIB qui recule de 6 %, la destruction de plus d’un demi-million d’emplois et le départ vers l’étranger de 330 personnes par jour ! L’austérité s’est matérialisée aussi par de nombreuses privatisations, la fin de l’État social et par l’ « intérioricide », la déqualification et la disparition des services publics des régions intérieures. C’est dans ce contexte que s’est tenue la IXème Convention du Bloc de Gauche (le Bloco ou BE).

Après 15 ans d’existence, pour ce parti-référence de la gauche européenne, l’enjeu était de taille : adopter une orientation qui rompe avec les politiques d’austérité imposées par la Troïka, crédible et audible à une échelle de masse, qui ne s’allie pas au PS et à la logique du bipartisme, qui affirme l’unité dans l’action et la construction de mobilisations porteuses d’une alternative.

Ces objectifs ont été affichés par Joao Semedo1 qui a clôturé la Convention en rappelant qu’il fallait retrouver le Bloco des origines, riche de sa diversité et de sa pluralité, inséré dans le mouvement de masse, profondément uni et unitaire. Il a accompagné son discours d’un geste symbolique, en faisant monter l’ensemble du Bureau Politique nouvellement élu sur le podium. Entouré de Pedro Filipe Soares2 et de Joana Mortagua3, qui applaudissaient son intervention conciliatrice. Il a insisté sur quatre points : que le débat polémique devait s’achever, que le Bloco était le parti de tous les bloquistes, qu’une solution de direction nationale et de représentation publique devait être trouvée à la réunion du prochain Bureau National et que de larges plages d’accord existaient. Un discours rassembleur après un débat polémique et des divisions internes importantes qui reflètent la crise que traverse actuellement le Bloco.

Electoralement, les résultats du Bloco n’ont fait que baisser ces dernières années. Il a connu un premier frein à sa progression depuis sa création en perdant huit de ses seize députés aux élections législatives anticipées de juin 2011. Cette chute s’est amplifiée lors des élections municipales du mois de septembre 2013, le Bloco perdant sa seule mairie et n’ayant plus aucun élu au conseil de Lisbonne. Le nombre de voix des listes du Bloco a baissé tandis qu’’il a augmenté lorsque le parti s’est allié, dans quelques localités, à des listes « citoyennes » plus larges. Cette tendance à la baisse s’est confirmée par les résultats des élections européennes de mai 2014, au cours desquelles le Bloco a perdu deux de ses trois sièges au Parlement européen avec seulement 4,6% des suffrages exprimés4.

La politique d’alliance en « zig-zag » avec le PS a été une des causes de cette crise du BE et le bilan des élections municipales n’a fait que l’intensifier. La direction sortante, élue à 80 % à la dernière Convention, s’est disloquée au bureau national d’octobre 20135.

Cette crise s’est aussi manifestée par des départs groupés ou individuels des rangs du parti. Le Bloco semble avoir perdu de son attrait même si sur les réseaux sociaux son audience s’élargit.

En toute logique, le débat préparatoire à cette IXème Convention a principalement opposé deux motions défendues par chacune des deux parties de l’ancienne majorité. D’un côté la motion U « motion unitaire en construction », soutenue par Joao Semedo, Catarina Martins et Francisco Louça, proposait une campagne pour une sortie de crise centrée sur la restructuration de la dette et la rupture avec le Traité budgétaire. Tandis que la motion E « Bloc pluriel facteur de tournant » appuyait plutôt sur la défense de la Constitution comme axe de campagne face aux attaques des politiques d’austérité, elle était soutenue par Luis Fazenda, Pedro Filipe Soares et Joana Mortagua. Cette motion a présenté une série d’amendements adoptés par le congrès, réformant les statuts et introduisant la proportionnalité à la commission politique du parti.

Cette convention a connu sa meilleure participation de l’histoire du Bloco avec 2653 votants aux assemblées locales. Les résultats ont donné une très légère avance de 6 délégués à la motion E avec 262 délégués pour 256 attribués à la motion U. Les autres motions ont obtenu 8 délégués pour la motion A « Une réponse à gauche. Pour un Bloco qui réponde de suite aux problèmes des personnes », 44 pour la motion B « Refonder le Bloco dans la lutte contre l’austérité » et 38 pour la motion R « Réinventer le Bloco ».

Les débats ont inversé les résultats des assemblées locales puisque, suite au vote final à main levée, la motion U a obtenu 8 voix d’avance sur la Motion E, avec 266 voix pour l’une et 258 pour l’autre (7 pour la A, 34 pour la B et 30 pour la motion R).

Mais, pour l’élection du Bureau National, le vote à bulletin secret a donné un résultat ex aequo avec 34 membres pour chacune des deux motions, 7 membres pour la motion B et 4 pour la motion R. A signaler que dans la composition finale de ce BN, il ne reste plus du groupe fondateur que Luis Fazenda (dirigeant historique d’UDT) puisque Francisco Louça et Fernanda Rosas l’ont quitté.

La réforme statutaire adoptée à cette convention va donc devoir s’appliquer malgré la posture de la motion U indiquant dans son document qu’« au nom de l’unité politique de la représentation du Bloco, les électeurs de la liste de cette motion ne participeront à aucune coordination qui résulterait d’arrangements entre des motions politiques différentes ». L’enjeu était donc aussi celui de qui représentera publiquement le Bloco. D’après Joao Semeda, dans son discours de clôture, un arrangement devra être trouvé au prochain Bureau National qui se réunit le 30 novembre.

Le Bloco est donc à la croisée des chemins, le défi est de réussir à faire la synthèse, d’unir et être inclusif pour éviter de perdre le souffle des origines et de se perdre dans une guerre de tendances. Le défi est surtout de réussir à reconstruire des mobilisations de l’ampleur de celles de 2012 et 2013, comme la campagne « Que se lixe a Troïka ! » qui avaient rassemblé des millions de personnes. Et pour cela, il faut d’un Bloco pluraliste, uni et prêt pour la lutte !

Flavia Verri. Représentante d’Ensemble! à la IXème Convention du Bloco.

1Le 11 novembre 2012, Francisco Louça, coordinateur du BE depuis sa fondation, est remplacé par Joao Semedo et Catarina Martins, soutenant la même motion que lui à cette Convention, la « Motion unitaire en construction » (motion U)

2Actuellement député à l’Assemblée nationale, défenseur de la motion « Bloc pluriel facteur de tournant ! » (motion E), disponible pour être coordinateur.

3Présidente actuelle de l’UDP, une des 3 tendances fondatrices du Bloco, à l’origine de la motion E.

4 Noter toutefois une abstention record.

5 Déjà au mois de juin 2013, une nouvelle tendance appelée Socialisme était née de l’initiative de membres de deux organisations fondatrices du Bloco, Politica XXI et l’APSR. Pour fonder ce courant Socialisme, la dissolution de l’APSR a majoritairement été décidée. A l’inverse, la majorité de la tendance Politica XXI s’est maintenue en dehors de Socialisme tandis qu’une minorité l’a rejoint. La troisième organisation fondatrice du Bloco, l’UDP, existant au Portugal depuis plus de 40 ans s’est maintenue et a lancé la tendance Esquerda Alternativa. Il faut noter qu’une partie significative de ses membres et dirigeants ont soutenu la motion U à cette Convention.