Accueil / International - EU / Pour la libération de Louisa Hanoune et de tous les détenus d’opinion

Pour la libération de Louisa Hanoune et de tous les détenus d’opinion

Au lendemain de la condamnation de Louisa Hanoune à quinze années de prison, le comité de soutien 44 appelait à un rassemblement jeudi 26 septembre devant le Consulat d’Algérie à Nantes. Malgré et sous une pluie battante, une centaine de personnes était présente pour dénoncer cette décision inique et exiger la libération immédiate de Louisa Hanoune et de tous les détenus d’opinion. Arès le porte-parole du comité de soutien 44 à Louisa Hanoune, plusieurs syndicats, associations et mouvements politiques sont intervenus pour appuyer cette exigence : Solidaires, FSU, FO, Amnesty International, Ligue des Droits de l’Homme, Libre Pensée, Ensemble, GDS et POI, avant qu’un militant algérien ne remercie les personnes présentes pour leur soutien.

Vous pourrez lire ci-dessous l’intervention prononcée par le représentant d’Ensemble ! 44.

« Chers camarades,

15 ans. 5 500 jours. 5 500 nuits privées de liberté, emprisonnées dans des geôles de sinistre réputation. C’est ce qu’a décidé le tribunal de Blida en condamnant Louisa Hanoune. Un tribunal aux ordres, même Ouest-France ce matin en fait le constat en parlant de « procès sur mesure » de « procès expéditif ». Un tribunal militaire, un  tribunal d’exception et des magistrats qui ont été incapables d’énoncer le moindre  élément de preuve contre la secrétaire générale du parti des Travailleurs. A cet instant, comment ne pas penser à l’emprisonnement de Lula au Brésil ?

« Victime collatérale » écrit le journaliste d’Ouest-France. Oui, si on ose rapprocher Louisa Hanoune de ces crapules mafieuses que sont Saïd Bouteflika et le détesté général Toufik dont personne en Algérie ne regrette la condamnation, même si chacun sait qu’elle procède d’abord d’un « règlement de comptes ».

Mais nous aurions tort de voir en Louisa Hanoune une victime collatérale d’un affrontement au sein de la haute hiérarchie militaire. Louisa Hanoune est emprisonnée parce qu’elle est la secrétaire générale du Parti des Travailleurs et parce qu’elle est une militante reconnue et populaire pour ses engagements et sa sincérité.

Demain, dans toute l’Algérie, ce sera la 32ème semaine du Hirak, 32ème semaine de manifestations, extraordinaires par le nombre de participants et par leur détermination. Huit mois que la révolution algérienne est en marche et porte deux exigences : dehors le régime, au peuple algérien et à lui seul de choisir librement et souverainement la nature des institutions à mettre en place.

A l’opposé, la hiérarchie militaire derrière le général Gaïd Salah veut imposer qu’une élection présidentielle se tienne le 12 décembre prochain. Avec une organisation sur mesure dont les militaires algériens ont une expérience hors pair !   La crainte des militaires c’est que la classe ouvrière se mette en mouvement en tant que classe, par la grève générale, pour balayer le régime et imposer ses solutions.

Car bien que totalement illégitime d’un point de vue démocratique, l’actuel gouvernement algérien du Premier Ministre Bédoui continue de légiférer pour répondre aux exigences des capitalistes et du FMI.

C’est le cas avec son Projet de loi de finance 2020 présenté le 11 septembre dernier. Que dit-ce projet ? Essentiellement que la politique d’austérité va continuer.

Je cite une analyse d’une journaliste engagée (Nadia Sabri sur le site https://www.dzvid.com/2019/09/23/lfc-2020-un-projet-contre-les-travailleurs-et-les-interets-de-la-nation/ )

« La loi de Finance 2020  prévoit une baisse de 10% du budget de fonctionnement. Cela veut dire le maintien de l’interdiction de recruter dans la fonction publique. Mesure qui a été étendue à toutes les entreprises publiques. Les départs en retraite ne seront pas remplacés. Le chômage va progresser particulièrement chez les jeunes qualifiés. Le travail précaire va s’élargir dans le secteur public et para public et va exploser dans le secteur privé ou les contrôles sont inexistants. Cela veut également dire qu’aucune augmentation de salaire n’est prévue notamment du SMIG.

L’emploi, les conditions de vie sont menacés. La crise du logement demeurera. Les transports en commun déclineront.

Pour faire face à la baisse des ventes du gaz et du pétrole sur le marché mondial et donc à la baisse des recettes et des réserves de change, le gouvernement Bedoui se propose d’élargir l’assiette fiscale. Les retraités et les petites gens des villes et des campagnes sont directement visés. La règle de la double imposition est maintenue car elle permet à des particuliers ou à des chefs d’entreprises étrangers de ne pas payer des impôts en Algérie

Le projet de loi prévoit aussi d’augmenter les recettes en augmentant le coût des services et des biens. On peut supposer que toutes une série de taxes seront valorisées : la TVA, les timbres, mais aussi les services essentiels eau, gaz et électricité domestique. D’autres services jusqu’ici non payants le seront. Un projet est à l’étude pour installer des péages sur les autoroutes algériennes.

Le caractère national de l’économie nationale est frontalement frappé par le projet. Le gouvernement décide de supprimer la règle 51-49, pourtant minime,  pour permettre aux investisseurs étrangers d’investir sans aucune restriction. Cette règle a été, dès sa promulgation, combattue par l’Union européenne, et d’autres puissances financières mondiales. Désormais les financiers étrangers pourront s’installer sans aucune restriction. A terme ils pourront rapatrier leurs dividendes. »

Mais la crainte des militaires est qu’après avoir sorti Bouteflika, l’irruption de la classe ouvrière fasse voler en éclat ces politiques. On ne peut pas comprendre la condamnation de Louisa Hanoune comme l’arrestations de dizaines de militants étudiants et ouvriers sans voir qu’il s’agit là de choix de classe, de choix délibérés pour tenter de diviser la population et de mettre un coup d’arrêt à la montée révolutionnaire.

Chers camarades, mardi dernier, à Béjaia, 13 organisations syndicales et politiques, dont le Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune et le Parti Socialiste des Travailleurs, ont appelé à une grève générale et à une marche « pour la libération de tous les détenus politique et d’opinions, pour la levée des restrictions des libertés démocratiques et le rejet des élections présidentielles ».

Ce soir, devant ce Consulat, nous portons ces mêmes exigences :  rejet des élections présidentielles, levée des restrictions des libertés démocratiques, libération de Louisa Hanoune et de tous les détenus politiques et d’opinions.

Vive la révolution algérienne ».

Nantes le 26 septembre 2019