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Le projet de loi Travail contre le travail des femmes

Plus personne n’ose se dire contre le travail des femmes. Mais peu de monde s’émeut de ce que le projet de loi travail s’attaque concrètement au droit au travail des femmes.

Certes, il y a eu l’appel « non à la double peine pour les femmes », paru dans le journal « Le Monde » et que l’on peut retrouver sur le site inegaleloitravail.fr.

Certes, le Conseil Supérieur à l’égalité professionnelle a rendu son avis : la loi aura un impact négatif sur les conditions de travail des femmes et il y a risque de discrimination indirecte. Le gouvernement s’est bien gardé de rendre public cet avis, n’ayant pas l’intention d’en tenir compte.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, averti, il n’a pas modifié son projet pour autant.

Dans ce projet, qui va être soumis au conseil des ministres ce jeudi, la réaffirmation de l’égalité professionnelle F/H ainsi que la lutte contre les discriminations figurent dans le préambule. Mais elles sont contredites par les modifications concrètes qui sont apportées au code du travail.

Ainsi, elle complexifie tellement la vie des salariées à temps partiel, rendant leurs horaires modifiables 3 jours à l’avance, rendant les dates de congés annuels modifiables moins d’1 mois à l’avance, diminuant la rémunération des heures complémentaires, qu’une seule conclusion est possible : est-ce vraiment intéressant financièrement de continuer à travailler ? Comment avoir un autre emploi pour combler ses heures si on ne peut pas être sûr de ses horaires ? Comment faire garder ses enfants si ses plannings de travail sont évolutifs ? Comment vivre si le salaire ne permet pas d’avoir recours à une assistante maternelle et avec des horaires atypiques ?

Ainsi, alors que les femmes sont très majoritairement dans de très petites entreprises, avec peu de représentant-es des syndicats, le projet prévoit que les accords nationaux de branche ne constitueront plus le socle minimum des droits. Croit-on vraiment que chaque salariée prise individuellement est sur un pieds d’égalité avec un-e patron-ne pour négocier ses conditions de travail ?

Ainsi, décider que la médecine du travail se concentrera sur les seul-es salarié-es à risque, c’est à dire celles et ceux qui ont des conditions de travail difficiles, alors que la pénibilité des métiers féminins est sous-estimée, est ce vraiment se préoccuper de la santé des femmes ? Permettre aux patron-nes de désigner un médecin expert (à la place du médecin du travail) n’est-ce-pas fragiliser les salariées victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle, quand on sait comment ces violences sont contestées ou minimisées par les patron-nes ?

Ainsi, décider que, même sans problème économique, les patron-nes auront la possibilité de baisser les salaires, augmenter le temps de travail, obliger à la mobilité pendant plusieurs années, sans que les salarié-es ne puissent s’opposer, s’il y a accord, à la modification de leur contrat de travail sous peine d’être licencié-e pour « cause réelle et sérieuse » est-ce cela la démocratie en entreprise ? Est-cela protéger les salarié-es ?

Et ce ne sont malheureusement que quelques exemples des conséquences de cette loi pour les femmes.

Il est clair que le but de cette loi est de précariser le travail, de soumettre les salarié-es à l’entreprise, d’abaisser les protections de toutes et tous. Dans cette période de chômage de masse, donner toujours plus plus au patronat sans rien exiger en retour est criminel. On ne peut qu ‘exiger le retrait de cette loi qui organise le retrait des femmes précaires du marché du travail et appauvrit toutes les autres.

Femmes, notre vie nous appartient. Nous disons :

Est-cela la modernité ou n’est-ce pas plus plutôt abdiquer toute volonté d’améliorer la vie ?

Est-cela le progrès social ou est-ce de concrétiser l’égalité réelle entre femmes et hommes ?

Est-ce aller dans le sens de l’histoire que d’augmenter le temps de travail ou est-ce de refuser les temps partiels imposés et mettre en place les 32h, pour créer des emplois pour toutes et tous ?

Pour Ensemble ! Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire, devant cette attaque sans précédent aux droits des femmes au travail, il ne peut y avoir qu’une seule solution l’abandon du projet.

Nantes, le 24 mars 2016