Accueil / Politique / Redire la vérité sur le Front National, l’appel de la rédaction de Regards

Redire la vérité sur le Front National, l’appel de la rédaction de Regards

Les journalistes de la revue Regards.fr, dont Clémentine Autain est directrice,  viennent de rendre public sur leur site un appel contre le Front National. Nous le reprenons ci-dessous.

Alors que la confusion se répand dans cet entre-deux tours, il faut rappeler la vraie nature du FN. Et, avant de mener l’opposition à Macron, faire en sorte que le refus absolu de l’extrême droite l’emporte le 7 mai, le plus largement possible.

Marine Le Pen est arrivée au second tour de l’élection présidentielle et elle est en tête dans plus de la moitié des villes de France. Elle réunit un record de suffrages : 7,7 millions d’électeurs se sont portés sur son nom. Elle a engrangé deux millions de voix supplémentaires durant le quinquennat Hollande-Valls.

Pour une fois, le Front national a trouvé une vraie opposition dans le projet d’un autre « grand candidat ». Jean-Luc Mélenchon a poursuivi son engagement de tout temps contre le FN. Il a su le contrer en parlant au cœur et à la raison par la qualité de ses arguments, la cohérence et l’espoir humaniste de son propos. Si l’on en croit les enquêtes, près d’un tiers des jeunes, plus du quart des habitants des grandes villes et des anciennes banlieues rouges ont voté pour lui. Il a repolitisé les débats et donné gout à l’engagement du côté de l’émancipation humaine. Il a fait reculer le piège du ressentiment au profit de la contestation et de l’espoir. Ses propos ont porté si loin que le discours libéral et technocratique en a été déstabilisé.

Ce travail de pédagogie, de partage des idées et des convictions doit se poursuivre. Le silence de nos rues ce soir du dimanche 23 avril est une alerte. La jeunesse a tenu place contre le libéralisme et la précarité. Elle n’a pas eu le haut-le-cœur qui l’avait fait descendre dans les rues il y a quinze ans. L’antilibéralisme a gagné. L’antifascisme s’est anémié.

Prendre toute la mesure de la menace

Jean-Luc Mélenchon a raison de dire que Macron et Le Pen veulent conserver la Ve République, ne voient pas les enjeux écologiques et sont tous les deux antisociaux. Mais il n’y pas pas de renvoi dos-à-dos possible entre Macron et Le Pen. Et il est de notre responsabilité de l’expliquer et de convaincre. D’autant que l’injonction par ceux-là mêmes qui sont responsables de la montée du FN peut s’avérer contre-productive. Ce n’est pas une question anodine qui relèverait du libre arbitre individuel, de la morale personnelle tandis que les autres sujets feraient l’objet d’arguments serrés.

Marine Le Pen ne veut pas seulement conserver la Ve république ; elle est d’une tradition autoritaire, hostile à la démocratie. Marine Le Pen n’est pas seulement indifférente et inconsciente des enjeux environnementaux. Elle se réfère à Donald Trump qui est ouvertement climatosceptique, met en cause l’accord de Paris, relance les extractions de gaz de schiste et le tout-pétrole.

Marine Le Pen n’est pas seulement antisociale. Elle sème la discorde entre les gens de France en distinguant ceux qui auront droit ou non à nos si chers acquis sociaux. En divisant le peuple, elle prépare ses prochaines défaites.

Elle est la dirigeante d’un mouvement politique enraciné dans l’hostilité aux idées des Lumières et à l’héritage de la Révolution française. Elle est le vote naturel des misogynes, des homophobes, des négationnistes, des tenants des inégalités entre les êtres humains et les peuples, des nostalgiques des colonies. Elle est du côté de la force et de la violence. Sa politique est une menace pour la paix et pour l’Europe.

Le barrage contre Le Pen avant l’opposition à Macron

Il faut redire ces vérités et ne pas laisser ses idées prospérer par défaut de vigilance et d’engagement. Par banalisation. La vacuité d’Emmanuel Macron, révélée dimanche soir et confirmée depuis, est très inquiétante. Il peut être mis en charpie par l’habileté de Marine Le Pen. Non, elle n’a pas perdu la partie. N’oublions pas que Donald Trump a réussi, contre toute attente, face à Hillary Clinton.

La battre ne suffit pas. Il faut qu’elle le soit le plus nettement possible. Serions-nous plus forts si Marine Le Pen réunissait le 7 mai 35 ou 40% – voire plus – des suffrages ? L’engagement des sept millions d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon pèsera lourd dans cette bagarre. Qui marquera le tempo politique des prochaines années : l’opposition à Macron doit être portée par une gauche humaniste et non par l’extrême droite. Marine Le Pen doit faire le plus petit résultat possible.

Le combat contre le projet d’Emmanuel Macron doit être conduit au nom de l’égalité et non contre l’ouverture au monde. Sous le régime de Marine Le Pen, ce sont les conditions de la contestation sociale et de la construction d’une alternative qui seraient laminées. Dès les élections législatives, il sera possible de refuser une majorité à Macron et, sans tarder, de s’opposer à ses projets d’ordonnances.

Il y a cinq ans, nous avons voté Hollande contre Sarkozy. Et nous ne pourrions pas voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen ? Il est compréhensible que les responsables politiques ajustent leurs mots pour que ce refus de Le Pen ne se transforme pas en soutien à Macron. Il ne peut y avoir d’appels automatiques, de réflexes pavloviens et il y a besoin d’argumenter. Mais le refus absolu de l’extrême droite doit l’emporter.

Regards.fr, Le 26 avril 2017