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Sophisme démocratique, par Paul Elek

 

«Et, aujourd’hui, s’est installée dans notre société, et de manière séditieuse par des discours politiques extraordinairement coupables, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie». «Mais allez en dictature ! Une dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est ça, essayez la dictature et vous verrez !» Emmanuel Macron

Faut-il rire de cette déclaration grotesque d’un Jupiter mal luné ? Si nous étions mesquins, nous moquerions le simplisme de ce raisonnement. Nous le prendrons cependant avec philosophie et nous attarderons seulement sur son caractère sophistique. “Si c’est pire ailleurs, alors c’est bien ici”. Voilà comment se justifient depuis des années les plus exaspérantes politiques que mènent les gouvernements successifs. L’appel du pire est un subterfuge utile pour camoufler l’odeur rance du quotidien proposé. De même, les élections semblent réduites à de similaires facéties. Le duel de second tour entre l’épouvantail Le Pen et Macron n’a-t-il pas procédé d’un raisonnement similaire ? Comment alors ne pas comprendre l’exaspération grandissante de millions de personnes face aux choix fades que nous laisse trancher un système démocratique en déliquescence, avançant vers sa perte aussi sûrement que le soleil se couche à l’ouest.

Ce dépérissement de la vitalité démocratique ne cesse d’être incarné par ces communicants qui érigent le vide intellectuel en doctrine. Combien de fois faudra-t-il entendre de Sibeth Ndiaye que si 61% des Français.e.s sont contre la réforme des retraites, c’est à cause des manifestations ? Qui peut encore supporter l’outrecuidance d’un Castaner qui annonce la suspension de l’utilisation d’une grenade (GLIF4) dont l’arrêt avait déjà été annoncé, même si la police entendait “épuiser les stocks” ? Que répondre à Marlène Schiappa lorsque, confrontée à un sondage prédisant que 61% des Français.e.s sont contre l’âge pivot, elle conclut “C’est difficile de tirer un enseignement de l’ensemble de ces chiffres” ? “Mais si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée. » disait Orwell. Difficile aujourd’hui de désigner au sein de l’effroyable machine de guerre macroniste quand a commencé la disparition de l’idée d’honnêteté intellectuelle.

Dans ce marasme de la pensée, la malicieuse sortie du président de la République comporte, en creux, la véritable conception de ce que démocratie veut dire pour nos dirigeants. Loin d’être un espace de contradictions, de débats, de conflits et d’exercices de la différence, la démocratie est finalement le respect de l’ordre. Tout avis différent procède désormais de la sédition. C’était le cas pour les gilets jaunes, ce sera le cas pour les syndicats et toute contestation dans cette triste République en fin de vie. Quant aux discours politiques à peine virulents qui émergent des marges de la politique institutionnelle les voilà coupables. Que de cris d’orfraie lorsque le symbole de la guillotine est évoqué ! Simagrées face aux vitrines fracturées, indifférence face aux vies brisées. Voilà la farce politique de notre époque. Ironie du sort, le gouvernement qui use d’ordonnances et de matraques pour faire sa politique n’entend pas résonner la phrase de son champion “Une dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois.” comme un avertissement douteux du devenir autoritaire de notre société.

Paul Elek