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Survivre au coronavirus, mais aussi…aux gaz à effet de serre (bientôt)

 

La crise sanitaire peut avoir quand même un effet positif : habituer le monde entier à faire face à des catastrophes menaçant la vie humaine.

Il y a ce virus qui nous paralyse, à la fois physiquement et mentalement, mais nous le savons : d’autres menaces n’en sont pas moins dangereuses, même si cela ne se compte pas en semaines, mais quelques années. La crise sanitaire pourrait donc être une sorte d’entrainement pour se préparer à un remaniement complet de nos modes de vie, de la façon de travailler, des rapports à la technique, à la nature. Mais une telle approche est-elle collectivement admise ? Rien n’est moins sûr. C’est triste à dire, mais la crise actuelle peut avoir cette fonction pédagogique. Mais alors il faut le dire clairement : l’idéologie secrétée par le pouvoir pour face au problème sanitaire ne va pas tout à fait dans le bon sens.

Face à la crise sanitaire, c’est une « union universelle » qui doit primer, pas une union « nationale »

Le concept d’union nationale, ou d’union sacrée, vise à produire en quelques heures ou jours une prise de conscience de la population, et des attitudes adaptées. Elles sont bien entendu nécessaires, vitales. Une discipline collective s’impose, des mesures étatiques fortes, des contraintes, des amendes, des réquisitions, etc. Mais selon quelle vision ?

Certes, la mobilisation nécessaire implique aussi les entreprises, les patrons, bref tout le monde et pas seulement les soignant-es et le tout-venant. En ce sens, il faut une sorte de front commun immédiat.  Mais on sait que les chefs d’entreprise ne peuvent que très difficilement faire autre chose que répondre à la logique capitaliste et de la propriété privée. Le conflit social est déjà là : comment travailler sans protection ? On fait grève, comme en Italie.

L’Europe ferme ses frontières extérieures et intérieures. Contre qui ? Contre l’Afrique où le virus est encore très peu répandu ? C’est presque le contraire qui serait nécessaire. De même, si un pays en Europe était très peu ou pas du tout infecté, il serait normal qu’il boucle ses frontières.  Mais ce n’est pas la situation.

Donc pourquoi une mesure générale de fermeture des frontières ? Pourquoi ce langage et ces décisions adaptés aux exigences nationalistes, opportunistes par rapport aux pressions d’extrême-droite, notamment en France ? Est-ce que je suis mieux protégé en passant du Val de Marne à l’Essonne (certes le confinement signifie justement que je ne dois pas le faire !) plutôt que passer de l’Alsace au Bade Würtemberg ? Il faudrait le démontrer, à ce stade de l’épidémie. Fermer les frontières frappe les imaginations, il en restera de traces pour un certain temps.

Il serait plus juste d’en appeler à une collaboration mondiale et une mobilisation universelle. Cela permettrait un autre type de prise de conscience : la nécessité de faire face à des menaces sur le devenir humain, que ces menaces soient sanitaires ou qu’elles soient climatiques ou pour empêcher l’extinction de la biodiversité animale.

Le vocabulaire de « la guerre » doit être refusé

Le repli « national » face à une menace appelle logiquement un vocabulaire de guerre. Mais il est dangereux parce qu’il répand un imaginaire de violence interhumaine. Or c’est le contraire qui est nécessaire.

Car la vraie guerre est là, très actuelle. Par exemple en Syrie. Il y a quelques jours, on voyait des contrastes saisissants d’image à la télévision : les premières images sur le danger du virus, mises en parallèle à une toute autre échelle avec celles des effets de la guerre,  avec les camps de réfugiés vivant dans la saleté et avec les migrants derrière les barbelés en Grèce.

Certaines décisions nécessaires ressemblent bien sûr à des situations de guerre : réquisition, mesures d’ordre (y compris de police, mais avec déjà des dérapages dans les « quartiers »), intervention bien sûr de l’armée et de ses moyens.

Mais nous ne sommes en guerre contre personne, aucun peuple. Or la guerre, c’est cela, même si la notion s’est diffusée pour toutes sortes de situation : guerre des prix, guerre économique, guerre des technologies, des médias, etc.

Le vocabulaire de la guerre des chefs d’Etat peut avoir des effets imprévisibles et violents. Quand on est en guerre, tout est bon pour se défendre.

Il faut au contraire faire appel la responsabilité des humains contre les menaces issues de leur propre développement destructeur. Certains scientifiques émettent l’hypothèse que des virus nouveaux sont issus de déforestations brutales et anarchiques. La vie virale se défend comme elle peut.

Il est quand même possible qu’un « bien commun » sorte de cette crise

Certaines déclarations de Macron ou de ministres sont aux antipodes, on les a entendues, des discours néolibéraux habituels. Sarkozy nous avait déjà fait le coup. Peut-être que Macron fera autrement, ne serait-ce que pour espérer mieux finir son quinquennat très affaibli.

Mais c’est une raison de plus pour adopter une attitude et des propositions qui poussent dans ce sens « antilibéral et anticapitaliste » jusqu’au bout : circuits courts, relocalisations, reconversions économiques, services publics autogérés, sécurité sociale universelle, droit au salaire, auto-organisation collective, seule garantie réelle d’une discipline acceptée.

Jean-Claude Mamet. Le 20 mars.

Jean-Claude Mamet est l’un des animateurs d’Ensemble!