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Women’s march : plus de 300 dans la rue à Nantes

Plus de 300 manifestantes et manifestants à la Women’s march de Nantes, en solidarité avec les femmes américaines, pour l’égalité et les droits des femmes. Une manifestation animée, revendicative et festive qui traduisait bien une commune volonté de s’opposer à tous ceux, à commencer par Trump, qui annoncent vouloir remettre en cause les droits des femmes. Nous vous invitons à lire ci-dessous les trois interventions prononcées pendant cette manifestation :

« Défendre les droits des femmes aux États-Unis, c’est défendre les droits des femmes en France et dans le monde entier

Hier 20 janvier, Donald Trump a pris ses fonctions de président des Etats-Unis C’est le même Donald Trump, sexiste misogyne machiste qui avoue toute honte bue utiliser son pouvoir pour harceler sexuellement des femmes, qui va occuper la plus haute fonction du pouvoir. C’est celui qui devrait être jugé pour agressions sexuelles après une douzaine de plaintes, qui dit que certaines femmes ne sont pas assez belles pour qu’il les agresse sexuellement et qui prend la défense des hommes de toutes classes contre les «méchantes femmes», celui qui estime que les femmes qui avortent devraient être punies.

Aujourd’hui, 21 janvier, nous sommes ici pour marcher en ralliement aux 616 marches lancées en soutien à la Women’s March sur Washington, pour les droits des femmes  avec 1 364 000 marcheuses et marcheurs annoncé.es.

Donald Trump est le 45ème  président des Etats-Unis, représentant 325 millions d’êtres humains, dont un petit peu plus de la moitié sont des femmes. A la tête de la première puissance économique et culturelle du monde, il va mettre en œuvre l’idéologie violemment sexiste, lesbophobe, homophobe, xénophobe et raciste qu’il a défendue durant toute sa campagne. Il s’entoure pour cela d’une équipe taillée à cette mesure : à la cour suprême le juge William Pryor qui considère que « l’avortement est la pire abomination de l’histoire du droit », à la vice-présidence, Mike Pence, pour qui la place des femmes est à la maison, que les crimes de haine excluent l’homophobie, que les fonds affectés à la lutte contre le SIDA financent des programmes encourageant les gays à je cite « changer de comportement sexuel », un des premiers à vouloir couper les vivres du Planning Familial américain.

Déjà le projet de loi démantelant la loi sur la santé dite « Obama Care » est rédigé et approuvé par les parlementaires républicains, sans autre proposition, ce qui menace 20M d’américaines et d’américains d’être exclus de l’accès aux soins.

Les Etats-Unis vont entrer dans une période conservatrice et obscurantiste sans précèdent. Les impacts sur les droits des femmes, des minorités, et sur l’environnement sont difficiles à imaginer : mais il est sûr que les droits communs des êtres humains américains vont être subordonnés à la nouvelle suprématie d’un dangereux petit groupe d’hommes multimillionnaires arrogants et cyniques .

Les conséquences vont passer les frontières. Ce pouvoir aux multiples visages du conservatisme de marché va pervertir, avec autoritarisme, toutes les instances internationales, va alimenter toutes les politiques réactionnaires et faire le jeu des lobbys qui s’attaquent aux mécanismes régulateurs internationaux qui tendaient vers des idéaux égalitaires.

Donald Trump et les extrêmes droites se retrouvent, opposés aux droits des femmes, des étrangèr.es, des homosexuel.les, et sur une même vision du monde : un monde d’exclusion de l’Autre. En Europe, des mouvements conservateurs et rétrogrades remettent régulièrement en cause les droits des femmes, en particulier le droit à l’avortement : Pologne, Espagne, Italie, mais aussi en Irlande, à Malte..

En France, le danger est réel en provenance de plusieurs candidats à la présidentielle, qui instrumentalisent les droits des femmes et veulent revenir sur les acquis.

Nos droits fondamentaux sont attaqués. Nous prenons la rue pour montrer notre force, dénoncer cette politique contre les femmes, pour affirmer que la société que nous voulons est une société égalitaire, de paix et de bien être, de liberté pour toutes et tous.

Nous marchons, aujourd’hui, femmes et hommes progressistes, contre les incitations à la haine, les attitudes discriminatoires, les messages et actions haineux et réactionnaires. Nous marchons en solidarité avec la Women’s March on Washington, car défendre les droits des femmes aux États-Unis, c’est défendre les droits des femmes en France et dans le monde entier.

 

« Le libre choix en matière de sexualité et de reproduction est la première condition de l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le droit au travail« 

Depuis, 42 ans, en France, la mobilisation a permis que l’interruption volontaire de grossesse devienne progressivement un droit à part entière et que son accès soit amélioré.

L’IVG est un événement courant de la vie sexuelle et reproductive des femmes, puisque plus d’1 femme sur 3 y a recours dans sa vie.

Ce droit, beaucoup nous l’envient, d’autres voudraient nous le supprimer.

Aux Etats Unis, Trump va nommer des juges anti avortements à la Cour suprême. Leur projet : abroger la décision Roe Wade ce qui redonnerait aux Etats la décision en la matière : cela signifie que les IVG deviendraient impossibles dans les régions conservatrices du pays.

Il n’y a pas de sujet plus politique que l’interruption volontaire de grossesse. Alors que les gouvernements espagnol, portugais, italien et polonais ont récemment tenté de restreindre ce droit et que certains débats politiques français peuvent laisser craindre des reculs, la seule garantie de l’accès réel à l’avortement pour toutes les femmes qui le souhaitent, où qu’elles habitent est une volonté politique forte de rendre ce droit imprescriptible, et de donner tous les moyens pour lever les derniers obstacles au plein accès à l’avortement, pierre de touche de la liberté des femmes. Et cela ne devrait pas dépendre de la couleur politique des gouvernements. Il devrait faire partie de la Charte des droits fondamentaux en Europe.

En France, si le droit pour les femmes d’avoir accès à la contraception et à l’avortement semble acquis, Fillon comme le Front national remettent en question certains aspects de la législation nationale. Nous pouvons craindre de voir nos droits mis en danger, de voir une France qui régresse, une France qui exclut. Les jeunes naissent avec ces droits qui leur semblent immuables mais rappelons qu’en Espagne comme en Pologne, c’est la mobilisation qui a permis d’éviter le pire, et de contrer la remise en cause annoncée, rappelons l’appel à vigilance de Simone de Beauvoir :

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Et l’année commence bien pour ce qui concerne les manifestations : aujourd’hui, la Women’s march, demain, la journée internationale de solidarité avec les personnes trans incarcérées. Cette journée a été créée à l’initiative d’un détenu trans aux Etats-Unis, elle se tient pour la 2ème fois : les violences transphobes, les difficultés voire les impossibilités d’accéder aux traitements hormonaux, le secret médical non respecté seront une nouvelle fois dénoncés ce dimanche à 15h.

Le libre choix en matière de sexualité et de reproduction est la première condition de l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le droit au travail.

La précarité, la féminoparentalité (puisque ce sont le plus souvent les femmes qui élèvent seules leurs enfants, autant appeler les choses par leur nom), la féminoparentalité donc, les temps partiels imposés, autant dire le chômage à temps partiel, la concentration du travail des femmes dans 12 familles professionnelles seulement sur 86 existantes, des écarts de salaires de 27 % avec celui des hommes, tout cela a été aggravé l’an passé par la loi nommé bien à tort loi travail.

Celle-ci a joué contre le travail des femmes, bien que le Conseil Supérieur à l’Egalité Professionnelle ait rendu l’avis suivant, je cite « la loi aura un impact négatif sur les conditions de travail des femmes et il y a risque de discrimination indirecte ». Quelques exemples. Elle complexifie tellement la vie des salariées à temps partiel, rendant leurs horaires modifiables 3 jours à l’avance, rendant les dates de prise des congés annuels modifiables moins d’un mois à l’avance, diminuant la rémunération des heures complémentaires, qu’une seule conclusion est possible : est-ce vraiment intéressant financièrement de continuer à travailler. Comment avoir un autre emploi pour combler ses heures si on n’est pas sûre de ses horaires ? Comment faire garder ses enfants si ses plannings de travail sont évolutifs ? Comment vivre si son salaire ne permet pas d’avoir recours à une assistante maternelle avec des horaires atypiques ? Sans oublier qu’on a démoli la référence aux accords de branches comme socle minimum des droits au profit de négociations directes avec son employeur. Dans les très petites entreprises, où sont très majoritairement les femmes, vous imaginez bien sur quel pied d’égalité peuvent avoir lieu de discussions sur les salaires ! .

Et ce n’est pas faute de s’être mobilisées ! Mais si les patrons et leurs valets croient qu’ils nous feront courber la tête, ils rêvent ! Notre vie nous appartient, nous voulons vivre, pas survivre. Et nous montrerons de quoi nous sommes capables quand la colère nous prend.

« Nous renommons aujourd’hui symboliquement cette place : Place Angela Davis »

Autrefois cour du château avec sa prison qui inspira la chanson « Dans les prisons de Nantes », lieu d’exécutions, puis marché, la place du Bouffay a été et est le lieu de nombreux rassemblements, et rendez-vous pour toutes celles et ceux qui se battent pour les droits, l’égalité et la liberté.

Nous renommons aujourd’hui symboliquement cette place : Place Angela Davis.

On peut rappeler pour les plus jeunes que, née le 26 janvier 1944 en Alabama, — elle aura 73 ans jeudi prochain — opposante à la guerre du Vietnam, membre du Parti communiste, marxiste, féministe et proche du philosophe Herbert Marcuse, elle fut inculpée en 1971 – l’État de Californie l’accusant d’avoir pris part à une sanglante prise d’otages – puis acquittée un an plus tard.

Angela Davis est rapidement devenue l’une des principales figures du Mouvement des droits civiques américains, au sein des Black Panthers et du Black Power.

En tant que citoyenne, auteure et professeure dont la carrière universitaire la mena au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie, elle n’a jamais cessé de militer depuis — comme elle l’évoque dans “Une lutte sans trêve”, publié l’an passé — contre le système carcéral, le port d’armes, la peine de mort, la discrimination à l’endroit des homosexuel-le-s, la guerre d’Irak et l’occupation de la Palestine.

C’était ce qu’elle rappelait déjà lors de sa venue à Nantes, en mai 2015, à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage après son passage au Mémorial nantais, ses centres d’intérêt et de lutte demeurent outre la théorie critique, le marxisme ou le système carcéral, tout particulièrement les études afro-américaines, la philosophie féministe et le Black feminisme.

Parce qu’elle incarne à la fois la contestation, la résistance à l’oppression, le combat politique pour l’émancipation, nous renommons symboliquement cette place la Place Angela Davis et nous officialisons cette demande auprès de la Ville de Nantes.

Notre marche ne s’arrête pas là car de multiples rendez-vous sont donnés. Nous proposons à celles et ceux qui veulent informer des prochaines dates de venir l’annoncer.

– MMF : Plusieurs associations se sont engagées dans une mobilisation européenne pour la défense des droits sexuels et reproductifs et particulièrement l’avortement avec la MM, le Planning Familial, la Cadac, l’Ancic, le Collectif Tenon, le Clef, les Effronté-es + des militantes polonaises et espagnoles

– 8 mars

6 mars ciné débat : féministes en tous genre PF Ciné femmes

7 mars initiative de rue RAFU

Nantes le 22 janvier 2017