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ZAD Notre-Dame-des-Landes : stop aux expulsions !

Ce mardi, l’intervention militaire pour détruire la  ZAD a repris avec une violence accrue. Des dizaines de lieux de vie sont évacués et détruits.  Sur place, les habitant.e.s et militant.e.s solidaires résistent autant que possible face à un tel déploiement de force.

Hier soir, nous étions plus de 2000 dans les rues de Nantes à crier notre indignation et notre colère face à cette intervention militaire et à exiger l’arrêt immédiat des expulsions – les journaux télévisés de France 2 et de la 3 ont osé annoncer 300 personnes -.  Dans de nombreuses villes de France des rassemblement se sont également tenus.

La députée nantaise de La république en marche, Valérie Oppelt, salue ce matin dans Ouest-France une « opération délicate et respectueuse de l’humain« . On croit rêver.

Nous publions ci-dessous les communiqués des quatre principales composantes de la résistance citoyenne au soir de la première journée d’expulsion de la ZAD.

L’ACIPA est scandalisée par les événements en cours sur la ZAD 

L’ACIPA est scandalisée par les évènements en cours sur la ZAD. L’ACIPA a toujours défendu que la RD281 devait rester libre après l’abandon du projet d’aéroport pour la circulation de la population et l’accès aux parcelles agricoles. Mais cette route ne sert-elle pas aujourd’hui de prétexte à une intervention plus générale ?

L’ACIPA avait appelé à protéger les lieux de vie, qui doivent pouvoir concrétiser leurs projets agricoles, culturels, sociaux et ruraux. Le mouvement est en train de travailler sur ces projets et était en réflexion pour apporter des solutions plus individuelles sous forme de convention d’occupation précaire dans ces projets collectifs. Des réunions de concertation ont d’ailleurs déjà eu lieu avec la préfecture de Loire-Atlantique.

La ferme en devenir des 100 noms portait un vrai projet agricole, un projet solide et pérenne. Son expulsion et sa destruction constituent une ligne rouge que le gouvernement a franchie. D’autres lieux de vie porteurs de projets sont aussi menacés.

Ce passage en force, à l’opposé des paroles d’apaisement du gouvernement et de la Préfète, notamment de maintenir une agriculture alternative, est inacceptable et choquant.

Si cette intervention – qui s’apparente à un « César-2 » – n’est pas stoppée immédiatement, l’ACIPA appelle ses adhérents et sympathisants à venir en nombre sur la zone de Notre-Dame-des-Landes dès demain matin pour montrer leur désaccord avec cette opération et à montrer leur solidarité partout où ils se trouvent. En parallèle, un dialogue de sortie de crise parait plus que jamais indispensable dès les prochaines heures.

Communiqué de presse du CéDpa – 9 avril 2018 

Le CéDpa a affirmé clairement à plusieurs reprises sa position : réouverture de la route départementale dans des conditions normales de sécurité, soutien aux expériences agricoles, sociales et culturelles en cours sur la ZAD.

Si les élus que nous sommes comprennent une opération de police visant à assurer la circulation sur la route départementale, ils demandent à l’État de ne pas obérer définitivement les chances d’une sortie pacifique de ce conflit.

La destruction inutile d’un lieu comme celui des « cent noms » ce lundi après-midi, où existait un vrai projet agricole, risque d’être lourde de conséquences.

Nous en appelons à la responsabilité de tous, car nous pensons qu’il est encore possible de trouver un chemin de raison. Cela implique des concessions de part et d’autre. Nous demandons à l’État de ne pas aller au-delà de la libération de la route et de respecter les engagements pris par madame la préfète lors de précédentes rencontres d’étudier les différents projets en cours.

Nous demandons par ailleurs aux nouveaux habitants d’accepter les règles minimales nécessaires à leur régularisation.

Éviter le pire reste possible mais il y a urgence à reprendre un dialogue constructif…

Le CéDpa

APPEL à mobilisation du COPAIn 44 

Comme vous le savez sans doute, une opération policière est en cours sur l’emprise de l’aéroport abandonné de Notre Dame des Landes

Nous souhaitons, comme beaucoup d’organisations impliquées dans ce dossier, que la route 281 puisse être rendue à la circulation normale au plus vite. Depuis le 17 janvier, nous avons largement œuvré pour que des contacts constructifs et apaisés puissent se nouer entre les différents acteurs de ce dossier. Nous avons obtenu des espaces de discussion avec l’Etat et les collectivités qui nous laissaient optimistes quant à un retour à la légalité sur ce territoire.

Hélas, aux dernières nouvelles de l’opération en cours, des projets agricoles sont aujourd’hui la cible de destruction. (cf. exemple des 100 noms*) Cela nous laisse entrevoir un risque de fort durcissement des positions alors que la situation aurait pu se régler de manière plus apaisée.

Une intervention des forces de l’ordre sur les lieux de vie nous semble dangereuse et inappropriée à ce stade et risque de compromettre les discussions en cours sans apporter de réelles solutions. Le dialogue dans des conditions apaisées, est actuellement la seule voie qui permettra le règlement le plus rapide et le plus complet de ce dossier.

Nous continuerons à nous mobiliser dans cet état d’esprit au service des citoyens et des habitants de ce territoire. En fonction des événements de la journée, nous vous invitons à rejoindre les rassemblements prévus pour faire savoir nos désaccords. Le respect des personnes et des biens reste bien évidemment notre préoccupation. Nous souhaitons que l’Etat en fasse de même.

Copain 44

*Exemple des 100 noms : Le site des 100 noms habité depuis plus de 5 ans, développe un projet agricole porté par un jeune agriculteur ingénieur agronome. Il est déjà déclaré porteur de projet à la chambre d’agriculture. Ce projet est réparti en 2 volets autour de l’élevage ovin : un premier en brebis laitière avec transformation fromagère. Un bâtiment de 430 m² a déjà été construit (et aujourd’hui détruit).

Un 2ème projet associatif de production de brebis viande destiné à la formation pour la conduite de troupeaux, l’écopaturage, le sylvopastoralisme et la valorisation des pâturages humides. Le projet s’appuie sur des terres occupées depuis 5 ans et ont la potentialité de se développer avec des fermes mitoyennes à reprendre pour atteindre 45 ha. L’ensemble de ce projet est pensé dans l’objectif de la mutualisation des moyens de production.

Ce lieu était aussi un lieu de vie regroupant plusieurs habitants déclarés par 3 fois auprès de la préfecture comme résidents à cet endroit. Communiqué de bilan d’une journée d’expulsion sur la zad et appel général à se rendre sur place pour stopper l’opération

Communiqué de la ZAD 

L’après-midi se finit dans un bocage asphyxié par les gaz lacrymogènes après déjà de longues heures de résistance face à la destruction d’habitats et fermes de la zad. Au moins 9 lieux de vie collectifs ont péri, avec leurs divers habitats particuliers brisés, leurs ateliers en miettes, leurs jardins piétinés : planchettes, planchouette, lama fâché, noue non plu, youpiyoupi, jessie james, phare ouest, chèvrerie, 100 noms…

L’invasion policière a trouvé face à elle diverses formes de résistance : barricades, barrages de tracteurs, mêlées, personnes se hissant sur les toits, chantant, se tenant dans les bras.

Dans les champs, face aux gendarmes mobiles et à leur machines de morts, on trouvait des anciens, des jeunes, des voisins, des paysans, des occupants, des camarades de partout. 6 des soutiens mobilisés sur place ont été blessés et 7 personnes arrêtées.

Malgré la disporportion des forces en présence, l’absolue supériorité militaire des gendarmes, un peu de ruse et d’imagination a suffi à mettre deux fois le feu à leurs machines. Le dieu de la boue en a embourbé une autre.

A chaque maison expulsée, brisée par les mâchoires des tractopelles, c’est un pan de la vie ici que l’Etat cherchait à éradiquer, et un pan ferme de colère qui se soulevait en nous. Une colère qui s’est diffusée toute la journée à tous ceux qui scrutaient de plus loin ces événements sans avoir pu encore se rendre sur place. Ils seront désormais de plus en plus nombreux dans les prochains jours si l’opération continue. Ils reviendront en masse pour ne pas laisser sans habitat ceux que l’Etat a cru aujourd’hui expulser du bocage…

La destruction du hangar, des serres et de la bergerie des 100 noms, l’évacuation de ses ânes et de ses moutons a achevé de dévoiler l’hypocrisie absolue de la préfecture, y compris sur sa prétention affichée à conserver les projets agricoles. La préfete en profite pour appuyer sur un chantage abject à propos des autres lieux abritant des projets agricoles : abandonnez la vision collective maintenant ou vous connaitrez le même sort et les mêmes destructions.

La maison des vraies rouges, les jardins maîraicher et médicinal du Rouge et Noir, et bien d’autres pourraient bien être en ligne de mire demain. En ce qui concerne cette ferme, un référé pour voie de fait va être déposé par Me Hurriet à l’encontre de la Préfecture. Les habitants des 100 noms s’étaient en effet identifiés auprès d’AGO-VINCI et de la préfecture dès 2013, puis de nouveau en 2016 et en 2018. AGO-VINCI l’ont sciemment ignoré et ont bafoué le droit de la manière la plus grossière en refusant de les laisser accéder malgré tout à une procédure nominative d’expulsion.

Aujourd’hui encore, l’huissier qui accompagnait l’expulsion de ce lieu a refusé de les laisser accéder au jugement d’expulsion et de leur donner son nom. Toute la journée de nombreux soutiens se sont déjà manifestés : communiqués et appels de diverses organisations (Sud Rail, Greenpeace, etc), occupation de la mairie à Forcalquier, rassemblements partout en France.

Demain, l’Etat annonce la poursuite des expulsions et de sa volonté d’éradication de l’expérience de la zad. Il faudra les empêcher, s’enraciner, rester. Nous appelons tous ceux qui peuvent à se rendre sur place dès l’aube pour leur faire obstacle. Nous appelons à des mobilisations et réactions déterminées partout ailleurs en France. La zad restera !